Le Cercle de craie Caucasien

Observer les lois des empires et donner de leurs violations du droit une description stratégique critique est une démarche scientifique. Je ne pense donc pas nécessaire de « pratiquer une lecture « droit-de-l’hommiste » qui m’empêcherait d’aller jusqu’au bout d’une autre lecture qui serait donc, elle, « réaliste ». A qui « appartiennent » les abkhazes, ossètes et tchétchènes ? Certes les droits de l’Homme font partie du réel ; en tant que citoyen idéaliste réel, chacun peut être en faveur d’une défense acharnée des droits de l’Homme contre les réalistes qui pratiquent leur « violation si nécessaire » comme un moyen de montrer leur force et donc d’utiliser la force contre le droit. Mais c’est de l’ordre des convictions, ce n’est pas une méthode.

En tant qu’analystes, considérant par méthode, les usages des dirigeants guerriers, cyniques ou idéalistes ou même religieux, nous devons nous attarder sur les déclarations idéalistes des réalistes, qu’il s’agisse de présidents russes, américains ou européens. pour mesurer si, dans le rapport de force à l’étude, les régulations organisées par le droit international ont encore « force de loi » ; ou seulement « force de règlement ; « ou encore « plus de force du tout, sauf force morale », ou encore « même plus de force morale », ce qui est peut être la situation aujourd’hui, dans certains cas, comme la Palestine. Mais alors, par consensus populaire global, vue la préférence des multitudes pour la paix juste, contre la guerre injuste, ce qui va rester après la destruction de la force morale du droit, c’est de la force politique réaliste à l’état pur : la résistance absolue de la vie à la mort. Cette force entre, comme Résistance, dans le rapport des forces réelles et les réalistes cyniques doivent en tenir compte dans leurs calculs sociaux, politiques, économiques et militaires, non parce qu’ils respectent les droits de l’Homme mais parce qu’ils tiennent compte de la « force du désespoir » qui est, d’ailleurs, la force de l’espoir en état de résistance.

Je renvoie au Cercle de Craie Caucasien de Brecht pour la mise en scène de la destruction totale de l’Etat de droit féodal et la re-création ex nihilo de la Justice - ironiquement par des paramilitaires ivres - comme nécessité de refonder sur la vie, comme protection de l’enfance, le jugement de Salomon. Ce n’est pas par hasard que Brecht choisit le Caucase comme lieu de cette fable renouvelée. Le Caucase c’est les Balkans et le Maghreb de la Russie. Là ou tous les Empires, Russe Ottoman Perse, s’affrontent et échouent et où les libérations laissent dans les générations des traces douloureuses d’assassinats collectifs, et où des vengeurs libérateurs peuvent devenir de nouveaux « assassins corrompus », militaires ou pétroliers ou narcos ou religieux ou les quatre. Et donc c’est en fonction de l’analyse du rapport des forces, qu’il faut faire entrer dans l’analyse stratégique la descriptions des moments juridiques de l’histoire des violences. en rappelant en outre qu’il existe plusieurs sources du Droit parfois incompatibles, qui font partie du conflit éthique comme rapport de forces. Staline et l’URSS étant bien morts, le gouvernement Poutine se rallie au Caucase à la thèse qu’il condamnait au Kosovo du droit des peuples à disposer d’eux mêmes parce qu’elle joue en faveur de l’indépendance des Abkhazes et des Ossètes. C’est un pas dans la direction de la démocratisation post stalinienne de la théorie des nationalités

publié le 2008-10-05 18:24:04, par Alain Joxe


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