La Défense (par renseignement, dissuasion, action) doit assurer la Sécurité des Français face à tout danger ; la mesure de la sécurité est donnée par la capacité de réaction rapide si possible en temps réel des organismes, organisations et organes de l’Etat sécuritaire à tout évènement ou accident mettant en cause la sécurité des citoyens. Mieux encore, si possible, la sécurité est donnée par l’action préventive écartant les évènement néfastes ou contrôlant et minorisant leurs conséquences dommageables.
Cette définition des missions de défense et de sécurité est moderne de deux manières. La première c’est que les services publics en général sont (comme les services privés) dominés par l’idée que l’efficacité tient à la capacité de réaction codée par les dispositifs électroniques d’observation, d’information et de décisions, et les dispositions préventives et préemptives sont mises en mémoire de façon à ce que la réaction en temps réel soit aussi rapide que possible, la mûre réflexion ayant eu lieu à l’avance. S’agissant de sécurité et de prévention, mieux vaut en effet agir vite. Jusque là rien a dire : il faut bien vivre avec son temps et même si une réflexion préalable, une doctrine arrêtée, une consigne automatique peut déboucher sur une réaction inadaptée, Prométhée doit l’emporter sur Epiméthée.
La deuxième modernité est plus critiquable car elle crée artificiellement une culture unifiée de la « trouille » et promeut ainsi une mission unifiée de sécurisation apolitique et infantilisante. La livraison intermédiaire des réflexions de la commission du livre blanc, livre en effet en vrac un lot de « dangers » ou de « risques « ou de « menaces » totalement hétéroclites, qui ne sont unifiés que par l’aspect terrifiant de la catastrophe et par l’urgence d’une réaction rapide.
Attentat terroriste, ouragan tropical, chute de neige, épidémie de peste noire, accident de chemin de fer, krach financier, troubles sociaux allant jusqu’à l’émeute, tous ces évènements possibles sont traités sur le mode unifié d’une réaction rapide et efficace des organes de sécurité et de défense, comme s’il s’agissait d’une seule et même mission, d’ailleurs plus policière que militaire.
En assimilant les tâches de polices et celles des météorologues, on crée en fait une unification du syndrome d’insécurité. Ce paradigme nous vient directement d’Amérique, où le mixage de toutes les missions de sécurité, pour des raisons historiques et culturelles, aboutit au traitement policier des guerres et au traitement médicalisé des troubles sociaux, ce qui doit être évité en démocratie.
Au sommaire du Débat stratégique N° 95- Janvier 2008
Alain Joxe : Le livre blanc, chronique
Alain Joxe : Afghanistan décembre 07
Ugur Kaya : Où vont les relations turco-américaines ?
Jean-Paul Hebert : Les pays du golfe et les armes françaises
Thierry Allemand : Bilan militaire de la guerre du Liban
Ben Cramer : Nucléaire israelien : vers la fin d’un tabou
Notes de lecture
publié le 2008-02-29 18:13:15