Le thème remplit les médias. Kouchner n’a pas tort de penser que la situation pourrait conduire à la guerre, mais la cause de cette tension n’est pas le danger nucléaire iranien qui n’est ni certain ni surtout immédiat, et qui demeure sous contrôle d’une procédure d’inspection de l’AIEA que son président M. Al Baradaï, estime adéquate. Ce n’est pas non plus, bien entendu, le discours de Kouchner lui-même. Le vrai danger c’est le danger américain. Les Etats-Unis chercheraient volontiers à effacer par une action d’éclat, un fait insupportable pour le Président : le fait qu’aujourd’hui l’Iran exerce une emprise politique croissante sur l’Iraq et l’ensemble du Moyen Orient, sans avoir à agiter aucune menace militaire directe.
La montée de l’influence Iranienne est la mesure de l’abaissement de la domination américaine, du fait de leurs erreurs politiques. Les points d’applications de cette influence sont : leurs relations économiques directes avec le Kurdistan, seule région pacifique d’Iraq ; l’influence iranienne sur la communauté chiite, majoritaire ; l’impact sur la Syrie et le Liban ; le prestige nouveau du chiisme dans le monde arabe qui vient du discours nationaliste et des succès militaires du Hezbollah. Le ralliement de quelques tribus sunnites par les Etats Unis en mal de supplétifs vient trop tard : les sunnites restent hostiles à l’occupation américaine. Le président Ahmadinedjad pendant sa visite en Arabie Saoudite, a pu dire que le Moyen Orient n’avait nul besoin des Etats Unis pour résoudre la crise iraquienne . Lui même se chargeait d’apaiser les Chiites et les Kurdes et, si le roi d’Arabie Saoudite se chargeait des Sunnites, la paix pouvait revenir en Iraq et l’Etat renaître à condition que les Américains s’en aillent.
C’est pour contrer cette diminutio capitis galopante que l’Amérique prétend vouloir, par une fuite en avant, restaurer sa crédibilité par une action aérienne écrasante. On ne voit toujours pas pourquoi la France pousserait à la roue de cette guerre.
Il faut plutôt espérer que les Etats-Unis sache affronter ce moment électoralement pénible avec la sérénité nécessaire aux grands comme aux petits, et que l’Iran finira bientôt de négocier son droit au nucléaire civil sans avoir violé sa signature du traité de non prolifération.
DS
publié le 2007-10-17 00:00:00