13 novembre 2005
Note de lecture
Polybe Histoire
Edition Quarto, Gallimard, 2003, 1500 pages
Polybe (vers -210 à -126) raconte et a vécu pour une grande part le passage de Rome plus grande des puissances d’Italie à Rome puissance « universelle », c’est à dire méditerranéenne. Rome, après avoir pris la Sicile à Carthage puis battu complètement cette dernière n’avait pas une vision préalable de la domination régionale qu’elle allait mettre en place, ni de projet d’une domination sur la Grèce et les Balkans.
A l’époque les Grecs étaient entré dans une période d’organisation laborieuse de petites confédérations de cités (la Confédération achéenne - ou du Péloponnèse- et l’aitolienne- en Grèce centrale-), plus des cités indépendantes (Athènes, Corinthe ou Thèbes, le royaume de Macédoine) tous sans cesse en rivalité et incapables d’un projet global. Mais comme le dit le traducteur de cette édition Denis Roussel, « il y eut une civilisation hellénistique mais pas d’Etat grec ».
Polybe appartenait à une petite cité, Mégalopolis, de la confédération achéenne où l’on trouvait face à la puissance romaine : - ceux qui estimaient que puisque Rome avait acquis par les armes la puissance majeure, le mieux était de se conduire en sujet docile et d’en obtenir quelques avantages locaux ; - ceux qui pensaient qu’on pouvait agir comme d’habitude et lier prudence et patriotisme - ceux qui souhaitaient rassembler les cités et confédérations grecques en un seul ensemble.
A ce stade, les Romains se souciaient peu d’annexions territoriales ; ils tiraient de leurs guerres un butin considérable, puis imposaient des dédommagements, et quand les vaincus avaient fini de payer, Rome envisageait sans réticence une nouvelle guerre.
D’ailleurs, autefois plus que la Grèce Rome avait en vue le Moyen orient, en particulier la dynastie régnant en Syrie, les séleucides, le plus souvent en conflit avec les Ptolémée d’Egypte. Rome enjoignit de ne pas toucher aux cités autonomes d’Asie, d’évacuer toute celles qui se trouvaient précédemment soumises à Ptolémée ou à Philippe... et de s’abstenir de toute intervention armée en Europe, car il n’était plus question désormais qu’aucune cité grecque eût à soutenir une guerre contre qui que ce fût ou à subir le joug d’autrui »
En même temps, en Macédoine, Persée s’efforçait de recomposer la puissance de l’ancien royaume d’Alexandre et de Philippe V , et beaucoup de petites gens en Grèce suivait avec sympathie ses efforts. Les responsables de la Confédération achéenne évitèrent de prendre parti trop ouvertement, et proposèrent même les services de leur armée aux Consul romain. Mais celui ci, et surtout le Sénat romain, jugèrent la politique achéenne trop ambiguë et privilégièrent les achéens qui, souvent pour des raisons d’ambition politique personnelle voulaient renverser leurs dirigeants, et demandaient une fidélité plus affirmée à Rome. Ils désignèrent, à la demande des Romains 300 otages qui furent envoyé à Rome. Polybe était l’un d’entre eux. Il y passa dix sept ans, avant d’avoir le droit de rentrer en Grèce. Ce fut durant cette période qu’il observa la politique romaine, se fit connaître des chefs romains, notamment des Scipions et rassembla les éléments qui le conduisirent plus tard à rédiger son Histoire.
Lire Polybe pour répondre à la question : Que se passe-t-il quand un Empire affirme sa supériorité « universelle », dispose d’une série d’alliances, mais que parmi les alliés les politiques différent entre ceux qui recommandent une solidarité totale et ceux qui jugent utile de rassembler les partisans d’une alliance pondérée et de conserver une politique étrangère spécifique ?
Attention : Polybe n’est pas un prophète ! Voulant proposer une histoire globale et logique, au sens d’une succession compréhensible d’événements liés, il donne cependant un rôle de premier plan à la Fortune, qui peut à tout moment retourner les situations acquises « Les Romains, l’ayant emporté dans leur guerre contre Carthage, et estimant que la sur la voie qui les menait à la domination universelle, ils venaient de parcourir l’étape décisive, s’enhardirent alors pour la première fois au point de porter la main sur le reste du monde, et d’envoyer leur troupes au delà des mers, en Grèce et en Asie .....La Fortune a dirigé pour ainsi dire tous les événements dans une direction unique et elle a contraint toutes les affaires humaines à s’orienter vers un seul et même but » (Préface de Polybe.)
André BRIGOT