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IV éme sommet des Amériques : retours de bâton en Amérique du sud ?

José Sabogal

Par José Sabogal, 20 novembre 2005

La ZLEA en panne.

Le IV Sommet des Amériques qui s’est tenu les 4 et 5 novembre 2005 à Mar del Plata, en Argentine s’est conclu par un grand revers pour la zone de libre échange des amériques (ZLEA). Ces rencontres (dont Cuba est exclue) sont promues par Washington depuis 1994 dans le but de conforter la ZLEA, qui doit assurer la libre circulation des marchandises et des capitaux de l’Alaska à la Terre de feu : cela constitue un marché de 800 millions de personnes, estimé à plus de 11 000 milliards de dollars annuellement, soit 40% du PIB mondial et 20% du commerce international. Avec la sécurité, la ZLEA est apparue comme la priorité de l’agenda continental des Etats-Unis depuis que George Bush père a lancé son programme de nouveau partenariat stratégique. Mais malgré la forte offensive diplomatique de la présidence Clinton et les pressions de la présidence de George W Bush , le projet de ZLEA, loin de favoriser l’intégration du continent, n’a fait que le fractionner d’avantage.

Les causes de l’échec américain.

Beaucoup de raisons expliquent l’échec ¬ de la ZLEA à Mar del Plata. Raisons Globales : L’unilatéralisme et la crise de légitimité que celui-ci a entraîné sur les institutions multilatérales ; le peu de transparence des accords de libre échange et l’inefficacité des compromis atteints par ceux-ci en ce qui concerne les aspirations au bien-être de la citoyenneté à l’échelle mondiale ; le protectionnisme des produits agricoles dans les pays industrialisés ; l’encombrement de l’agenda global de Washington et les avancées pour tisser des liens Sud-Sud de nouveau type.

-  Facteurs Continentaux : les Etats-Unis, incapables d’imposer la ZLEA comme sujet central du sommet, sont arrivés les mains vides à Mar de Plata sans prendre le moins du monde en compte le thème du sommet proposé par le gouvernement argentin qui était : « Création d’emploi pour combattre la pauvreté et renforcer la démocratie ». En fin, Washington a éludé les aspect politiques les plus sensibles pour les latino américains : l’échec évident de la stratégie hémisphérique en matière de drogues, les dommages du trafic de drogues au-delà du monde andin (spécialement, au Mexique et au Brésil). Le sommet n’a pas non plus abordé les questions de l’accroissement de l’ingouvernabilité en Amérique Centrale et dans les Andes, de la continuation du conflit armé en Colombie et son impact régional, de la tension entre Washington et Caracas, ou de l’expansion militaire accélérée des Etats-Unis dans le secteur.

-  Causes régionales : même s’il a du mal a se consolider et à s’élargir, le Mercosur - qui regroupe les économies les plus fortes de l’Amérique du Sud - reste sans doute le principal obstacle à la ZLEA. Même si c’est ne pour l’instant qu’un projet, la Communauté Sud-américaine de Nations (CSN) a eu son impact sur le sommet du fait qu’elle préconise une convergence sous-régionale à caractère essentiellement politique. L’Alternative d’Intégration Bolivarienne pour les Amériques (ALBA), proposée par le président du Venezuela Hugo Chavez, a contribué fortement à l’échec de la ZLEA du fait qu’elle a été adoptée par les mouvements sociaux de la région. Ceux-ci, organisés au sein de l’Alliance Sociale Continentale contre la ZLEA, ont popularisé le débat sur l’intégration commerciale néolibérale et ont orchestré la mobilisation continue contre celle-ci.

-  Les Facteurs Locaux ne sont pas négligeables : À ce niveau, l’opposition à la ZLEA commence au Congres des Etats Unis qui après un débat animé n’a approuvé que par une seule voix de majorité le Traite de Libre Commerce (TLC) avec l’Amérique Centrale. Du côté de l’Amérique latine et du point de vu économique la résistance la plus efficace vient du Brésil - le seul pays qui possède une importante structure de production industrielle et « où le capital financier détenu par des Brésiliens occupe une position interne dominante ». En fin, du point de vu politique la position la plus radicale et plus nette contre la ZLEA - et peut être à terme la plus inquiétante pour Washington - est celle du gouvernement vénézuélien qui incarne l’antiaméricanisme populaire dans tout la région.

Les conséquences de cet échec.

Même si l’intégration continentale ne constitue pas la seule voie de la dérégulation étatique et commerciale, l’échec de la ZLEA représente un revers important pour les centres économiques de la globalisation. Et même si l’échec de la ZLEA ne met pas un terme aux ambitions des Etats-Unis dans la sous région, le résultat du Sommet de Mar del Plata symbolise néanmoins un important fiasco politique pour le maître du monde. Pour l’Amérique latine dans son ensemble cependant, l’échec de la ZLEA ne se traduit automatiquement pas en victoire. La région se trouve confrontée à un choix majeur : soit rester divisée, à la merci des intérêts des grandes puissances, soit entamer le chemin vers l’unité régionale. Efficace pour ralentir la ZLEA la position brésilienne ne semble pas l’être pour débloquer le Mercosur qui, après plus d’une décennie, n’a toujours que des institutions extrêmement faibles et ne parvient pas à faciliter la circulation des marchandises entre les pays qui en font partie. La situation n’est pas facilitée par la confrontation permanente entre le Brésil et l’Argentine. Malgré les efforts de plusieurs pays pour faire du Mercosur élargi une alternative, le chemin de l’intégration régionale continue d’être pavé de bonnes intentions et ne récolte que des beaux discours qui ne se concrétisent pas. Sans intégration économique la CSN ne pourra pas non plus avancer.

Y a-t-il une alternative à la stratégie américaine ?

Prévoyant cet échec de la ZLEA les Etats-Unis se sont lancé dans une démarche précipitée pour établir des traités de libre commerce bilatéraux. Ces initiatives, appuyées par des pressions individuelles, des ententes ponctuelles et des concessions limitées, constitue le plan B de la puissance hégémonique pour gagner des alliés et isoler les adversaires. Du côté latino-américain il n’y a pas d’alternative : l’Amérique centrale et les Caraïbes sont pratiquement intégrées au Nord et, sans exception, ont voté pour la ZLEA à Mar del Plata.

Le Mercosur, même s’il arrive à se consolider et à intégrer l’Amérique du sud, est une plateforme de négociation collective avec les Etats-Unis mais ne contredit la substance néolibérale. Bref, la question sur le type d’intégration qu’on prétend construire n’est pas aujourd’hui l’enjeu central du débat en Amérique du sud.

L’ALBA, proposée par le gouvernement vénézuélien est la seule vraie alternative régionale et même mondiale contre le modèle global : elle oppose à l’intégration par la concurrence une intégration par la coopération, elle entend que cette intégration économique passe d’abord par l’intégration politique entre les économies en développement, dans une perspective socialiste qu’il faut réinventer.

Mais ils est vrai que la situation économique et politique exceptionnelle que traverse aujourd’hui le Venezuela est loin de représenter la situation des pays du tiers monde.

José SABOGAL


 


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