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Affrontement stratégique autour du gaz
Affrontement stratégique autour du gaz
DS
20 janvier 2006
L’affrontement entre la Russie et l’Ukraine sur le prix du gaz livré par la Fédération à son voisin témoigne du développement de la position russe dans les nouveaux rapports de force mondiaux. Vladimir Poutine n’a pris aucune précaution pour atténuer la dureté de la position russe, montrant ainsi aux républiques clientes, hier bénéficiant du système de relations d’assistance, aujourd’hui basculant les unes après les autres dans de bons rapports avec les Etats-Unis, que les moyens de pression de Moscou n’ont pas tous disparu, loin s’en faut.
Les responsabilités dans cet affrontement sont plus partagées que ne le laissent penser un certain nombre de commentaires : l’Ukraine bénéficiait depuis longtemps d’un prix qui n’avait rien à voir avec le « prix du marché » ni avec les conditions réelles de production. Ce prix très bas amenait d’ailleurs ce pays à pouvoir se permettre une consommation de gaz plus élevée que celle de l’Allemagne. Ces conditions avaient été dénoncées depuis un certain temps par Moscou qui entendait renégocier les conditions du contrat. Du coup, la proposition d’un quadruplement (passer de 50 à 230 dollars les mille mètres cubes) doit être replacée dans cet historique. Le résultat de la négociation est moins défavorable à l’Ukraine qu’il n’y paraît puisque finalement le prix que paiera ce pays sera de 95 dollars les mille mètres cubes : en effet, si le gaz russe sera bien facturé à 230 dollars, le gaz livré à l’Ukraine, mélangeant des gaz d’autres provenances (notamment du Turkménistan), sera lui facturé en dessous de cent dollars. Comme de plus le prix de transit du gaz par le gazoduc qui traverse l’Ukraine est relevé de 1.09 à 1.6 dollars le millier de mètres cubes par centaine de kilomètres, on voit que l’équilibre final ne reflète pas tout à fait une toute-puissance russe.
Un des enjeux centraux de cet affrontement est la place de Russie dans le nouvel ordre impérial : pressé de se soumettre comme les autres à « la loi du marché », ce pays est soudain considéré comme peu fréquentable quand il sort du système de prix à la soviétique pour s’aligner sur les pratiques libérales. Le paradoxe n’est pas mince.
Les commentaires sont encore plus paradoxaux quand le résultat final (un prix très supportable pour l’Ukraine) est obtenu notamment par les livraisons du Turkménistan, pays richement doté en gaz, mais dont le régime est une dictature caricaturale qui a peu à envier à la Corée du nord.
Dans cette affaire, Gazprom ayant été repris aux oligarques, la Russie fait la démonstration qu’elle reprend une place plus significative dans le jeu internationale, comme le montre dans un autre domaine, l’augmentation continue de ses exportations d’armements.
DS
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