---------------------------
<naviguer>
---------------------------
Le Débat stratégique
L’équipe
Les Cahiers d’études stratégiques
Le débat stratégique n° 79 - Mars 2005
Le débat stratégique N° 102 - Mars 2009
Le débat stratégique N° 90 - Avril 2007
Le débat stratégique n° 100 -Novembre 2008
Le débat stratégique N° 101 - Janvier 2009
Le débat stratégique N° 103 - Mai 2009
Le débat stratégique N° 104 - Juillet 2009
Le débat stratégique N° 105 - Septembre 2009
Le débat stratégique N° 106 - Novembre 2009
Le débat stratégique N° 107 - Janvier 2010
Le débat stratégique N° 108 - Mars 2010
Le débat stratégique N° 109 - Mai 2010
Le débat stratégique N° 110 - Juillet 2010
Le débat stratégique n° 80 - Eté 2005
Le débat stratégique n° 81 - Septembre 2005
Le Débat stratégique n° 82 - Novembre 2005
Le débat stratégique n° 83-Janvier 2006
Le débat stratégique n° 84-Mars 2006
Le débat stratégique N° 85 Mai 2006
Le débat stratégique N° 86-Juillet 2006
Le débat stratégique n° 87 Septembre 2006
Le débat stratégique N° 88-Décembre 2006
Le débat stratégique N° 89-Janvier 2007
Le débat stratégique n° 91 Mai 2007
Le débat stratégique n° 92 Juillet 2007
Le Débat stratégique N° 94 Novembre 2007
Le Débat stratégique N°93 Septembre 2007
Le débat stratégique N°95-Janvier 2008
Le débat stratégique N°96- Mars 2008
Le débat stratégique N°97 Juin 2008
Le débat stratégique N°98 Juillet 2008
Le débat stratégique N°99 Septembre 2008
---------------------------
<dans la même rubrique>
---------------------------
Edito : Vers le marché de la sécurité
Le débat français vu d’Allemagne
Espace de l’Alliance atlantique et territoires politiques en Europe après les élargissements
Le traité et la construction d’une Europe industrielle de la défense
Politique macro-économique et politique de sécurité :
Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) en Afrique
|
Bienvenue >
Le Débat stratégique >
Le débat stratégique n° 79 - Mars 2005 >
Les Etats-Unis deux ans après Bagdad : entre triomphalisme et effondrement
Les Etats-Unis deux ans après Bagdad : entre triomphalisme et effondrement
Par John Grouard Mason
mars 2005
L’idée selon laquelle, avec le deuxième mandat de George Bush, « le temps de la diplomatie est enfin arrivé » coïncide mal avec les multiples déclarations officielles : « Nous sommes un pays en guerre »[1]. Le règne de G. Bush II s’est ouvert sur une envolée de rhétorique libertaire qui a balayé l’espoir que son deuxième mandat sera moins belliqueux que le premier[2]. La guerre contre le terrorisme s’est muée en guerre contre la tyrannie, les deux classées sous la rubrique globale de Quatrième Guerre Mondiale[3]. Il s’agit d’une croisade contre les radicaux islamistes, - sans but final ou ennemi fixe - censée durer une génération (GWOT[4]) afin de porter la liberté dans le monde là où elle est absente. Elle vise autant une transformation du système intérieur que la réorganisation du système mondial.
Elle rend permanent l’état d’exception légal qui permet l’expansion des pouvoirs présidentiels et justifie une révision profonde du droit civique introduit sous The Patriot Act. Mais elle a besoin d’un casus belli pour justifier une telle mutation des normes républicaines. M. Bush cherchait à fournir cette bonne cause dans son discours inaugural. Ayant identifié l’unité profonde entre « nos croyances les plus profondes et de nos intérêts vitaux », il fait des Etats-Unis l’instrument de la providence[5]. Dans ce discours, l’orgueil national se mêle aux références bibliques[6] et aux Possédés de Dostoïevski. En citant la phrase « un feu dans l’esprit des hommes », M. Bush signale la passion pour la démocratie qui toucherait actuellement le monde arabe et les pays de l’ex-URSS - comme « un feu qui réchauffe tout ceux qui ressentent sa puissance, et brûle ceux qui s’opposent á son progrès ». Or avec cette phrase, Dostoïevski ne parlait ni de l’amour de Dieu ni de l’expansion du royaume de la liberté, il visait la rage nihiliste des exaltés qui cherchent à prendre le pouvoir absolu au nom d’un rêve révolutionnaire - même au prix de la destruction du monde ! M. Bush, quant à lui exprime le caractère radical du projet nationaliste chrétien[7] qu’il a mis en chantier il y a quatre ans[8]. La réponse de son public était d’ailleurs mitigée. Selon Dimitri Simes[9] : « Si on le prend au mot, on a impression qu’on a à faire à un extrémiste dans la Maison Blanche »[10]. Ces assimilations faciles de l’Amérique de Bush à la Rome de Néron[11], sont devenues monnaie courante à Washington. Dans ses remarques concernant la politique étrangère des E.U. du Général Brent Snowcroft (janvier 2005) a ajouté : « Aujourd’hui, les Etats Unis se trouvent dans la position de posséder plus de pouvoir que n’importe quel pays depuis Rome »[12].
La Politique de Sécurité Nationale et la défense active
Il n’est pas seul dans cette autosatisfaction[13]. Les analyses officielles dans Déclaration de la Politique de la Sécurité Nationale (mars 05) jugent : « Nous n’avons aucun concurrent égal et n’en auront pas dans les capacités militaires traditionnelles[14] ». Cependant : « Même si nous n’avons pas de compétiteur mondial, nous allons avoir des concurrents et des ennemis - étatiques et non étatiques » et « des acteurs clés internationaux pourront choisir des chemins stratégiques opposés aux intérêts vitaux des Etats-Unis... Tout ceci exige une défense active des Etats- Unis ». Cette expression « défense active » (comme son synonyme, » la dissuasion active ») signifie que les Etats-Unis s’autorisent à prendre des actions offensives pour devancer des menaces potentielles par des frappes en premier, « aux moments de notre choix » « Il est inacceptable que des régimes utilisent le principe de souveraineté comme un bouclier derrière lequel ils se sentent libres de poursuivre des activités qui posent des risques énormes à leurs citoyens, à leurs voisins ou à la communauté internationale ». Ce document, avec imprimatur de Donald Rumsfeld, montre que la deuxième administration W.Bush prolonge les orientations de la première en matière de la sécurité nationale. La portée impériale de cette vision du monde a été confirmé par M. Alberto Gonzales, nouveau Procureur Général, devant la commission du Sénat lors de sa confirmation, (très contestée). Il a rappelé que l’Administration fonctionne sous une doctrine légale révolutionnaire qui ne reconnaît aucune limite constitutionnelle ou internationale sur les pouvoirs de guerre du Président en tant que Commandant en Chef - c’està- dire - en tant que Imperator[15]. M. Gonzales a rejeté quelques arguments des avocats de la Maison Blanche de l’été 2002 autorisant la torture « light »[16] par des soldats de l’Army et des agents de la CIA, mais pas la doctrine des pouvoirs présidentiels qui les fondent[17]. Bush n’excuse pas la torture - en partie parce qu’il a modifié sa définition légale afin d’exclure les pratiques « d’interrogation musclées »[18] - mais il aurait pu la commander, sous le principe texan de raison d’Etat : « I do it, because I can ». Cette définition impériale des pouvoirs présidentiels contredit le droit international et présuppose une norme pour l’Etat souverain américain et une autre pour tout autre Etat.
Le retour de la bande des Néo-conservateurs
Ce discours inaugural constitue la déclaration et la plus abstraite que M. Bush ait jamais faite de la Weltanschauung des néo-conservateurs. La racine profonde du fléau terroriste se trouverait dans les tyrannies corrompues du Proche-Orient et la tâche des Etats-Unis est de les recomposer dans leur horizon démocratique - soit par la persuasion morale (Egypte, Arabie Saoudite)[19], soit par la force militaire (Syrie et Iran) [20]. Après la victoire électorale, toute l’équipe néo-conservatrice est de retour. Ces partisans de la « transformation » de la politique de sécurité américaine occupent la plupart des postes clefs de la deuxième administration[21], parfois aux dépens de la fraction néo-réaliste dite « traditionaliste »[22]. La liste de nominations est longue : Elliott Abrams, (Chef de la Stratégie pour la Démocratie Globale), Michael Chertoff (Secrétaire du Département de Homeland Security), Stephen Hadley (National Security Advisor), John Negroponte (Directeur des Renseignements Nationaux), Roger Noriega (Secrétaire Assistant pour l’Hémisphère Occidental[23]), et Daniel Pipes (Directeur de l’Institut Anti- Islamiste[24]), tous poussés par l’équipe du Vice Président Dick Cheney, qui leur offre un accès direct à la Maison Blanche, contournant la chaîne de commandement officielle[25]. Les deux nominations les plus frappantes, mais ambiguës, sont celle de John Bolton au poste d’Ambassadeur à l’ONU[27], et celles de Paul Wolfowitz en tant que Président de la Banque Mondiale[27]. Pour certains, le départ imminent de Douglas Feith du Pentagone et leurs nominations à ces postes importants - mais soumis à C. Rice et éloignés du centre du pouvoir en Washington - est le signe que les Néo-cons perdent de l’influence au faveur du nouveau pôle du pouvoir représenté par l’équipe de la Secrétaire Rice et de ses conseillers Karen Hughes, nouvelle Directrice de la Diplomatie Publique et Richard Zoellick, le député de C. Rice [28]. Pour d’autres, leurs nominations sont une gifle donnée à l’Union Européenne.
La raison d’Etat Texane et la promesse de nouvelles aventures
Si tout cela semble éloigné du principe de réalité, à la Maison Blanche de Bush, le refus des obstacles est perçu comme une preuve du courage personnel et de la sincérité de la foi. Le réel est là pour être surmonté et vaincu par la volonté du Chef et être dit « réaliste »est un blason de déshonneur. Un conseiller de la Maison Blanche explique : « Nous sommes aujourd’hui un empire, et quand nous agissons, nous créons notre propre réalité... Nous sommes les acteurs de l’histoire, et vous, vous tous, serez laisse derrière à étudier ce que nous avons fait » 29. Au-delà de l’offensive de charme de C Rice, d’autres offensives se préparent.
John Grouard Mason
William Paterson University
Woodstock, New York
[1] National Security Policy of the United States, le DOD, 18 mars 2005, page 5.
[2] James Mann, « Neo-cons : Four More Years ? », Foreign Policy online, nov. 2004, www.foreignpolicy.com.
[3] Manifeste néo-conservateur de Norman Podhoretz, « World War IV : How It Started ; What It Means, and Why We Must Win », Commentary, Septembre 2004, www.commentary.com .
[4] Generational War on Terror, Tom Englehardt, « Are We in World War IV ? » TomDispatch, The Nation, 10 mars 2005, www.tomdispatch.com, paragraphe 3 et 4.
[5] James Fallows « Inaugural Address Post Mortem », The Atlantic Unbound, 21-01-05, www.theatlantic.com .
[6] « Après le naufrage du communisme, nous avons connu des années relativement tranquilles, des années sabbatiques. Et puis est venu le Jour de Feu. » Transcrit officiel, The New York Times, 20-01-05, www.nytimes.com, paragraphe 3.
[7] James Fallows, « Inaugural Address Post Mortem », The Atlantic Unbound, 21-01-05, www.theatlantic.com et plus généralement, Anatol Lieven, America Right or Wrong : An Anatomy of American Nationalism, Oxford University Press, Oxford and New York, 2004, page 11.
[8] Justin Raimundo de The American Conservative, « W et Dostoïevski », Antiwar.com Behind the Headlines, 21 janvier, www.anti-war.com
[9] Editeur néo-réaliste de The National Interest et président du Nixon Center à Los Angeles.
[10] Doyle McManus, Bush Pulls « Neo-Cons » « Out of the Shadows », The Los Angeles Times, 22-01-05.
[11] Y compris la Rome papale, dans une étrange synthèse où les E.U sont à la fois à la respublica christinae de Constantin et l’empire païen de Caligula.
[12] « Charting a U.S. Foreign Policy Road Map for 2005 and Beyond » Brent Snowcroft and Z. Brezezinski, The New Solarium Project on U.S. Foreign Policy, New America Foundation, www.theWashingtonNote.com
[13] Les critiques par le Gl Scowcroft du Haut Commandement ont provoqué son exclusion du National Security Commission, panel officiel de hauts conseillers de sécurité.
[14] William Pfaff « When laws get in the way of torture », The International Herald Tribune, 12-06-04, www.iht.com ; Julian Steele « Bush Doctrine Makes Nonsense of UN Charter », The Guardian, 07-06-02, www.guardian.co.uk et Jonathan Schell’s Column, « Healing the Law », The Nation, 02-08-04, page 12.
[15] Actes de torture qui ne sont pas forcément mortels pour la victime. Douglas Jehl et Eric Schmitt, « U.S. Military Says At Least 26 Inmate Deaths May Be Homicide », The New York Times, 16-03-05, voir Tom Englehardt, « Entries for a Devil’s Dictionary of the Bush Era », TomDispatch, The Nation, 28-03-05.
[16] Majorie Cohn, « The Gonzales Indictment », Truthout-Perspective, 19-01-05, www.truthout.org, et Mark Danner, « We are all Torturers Now », The New York Times, le 06-01-05, Op-Ed Page.
[17] Eric Lichtblau, « Gonzales Says 2002 Policy on Detainees Does Not Bind the CIA », The New York Times, 19-01-05, p. A01 ; Rapport, The Road to Abu Gharib, Human Rights Watch, Juin 2004, p. 13-26, www.hrw.org, Vikram Dodd and Tania Branigan, « U.S.Abuse Could Be War crime » The Guardian, 05-08-04.
[18] « Je le fait parce que je peux. »
[19] Déclaration de C. Rice concernant l’Egypte, Glenn Kessler and Robin Wright, « Rice Describes Plan to Spread Democracy », The Washington Post, 26-03-05, p. A01.
[20] Seymour Hersh, « The Coming Wars : What the Pentagon Can Now Do In Secret », The New Yorker, 24-01-05, p. 40-47.
[21] Seymour Hersh : « Nous sommes face à la prise de pouvoir d’un culte », Amy Goodman, « We’ve Been taken over by a cult », Democracy Now ! Pacifica Radio, 26-01-05, www.truthout.org .
[22] Voir la distinction faite par David Rothkopf entre les « transformationalistes » néo-conservateurs et les « traditionalistes » néo-réalistes dans « Inside the Committee that runs the world », Foreign Policy, marsavril 05. Sur l’influence néo conservatrice au sein de l’Administration, Tom Barry, « The Vulcans Consolidate », RightWeb Analysis, 17-11-04, http://rightweb.irconline.org.
[23] Profils individuels dans « Vulcans & Company », mars 05, http://rightweb.irconline. org.
[24] Voir son portrait politique de son Institut, Jim Lobe, « Anti Islamist Crusade Gets Organized », RightWeb Analysis, 05-03-05, http://rightweb.irc-online.org.
[25] Jim Lobe, « Full Throttle Uni-Polarity », RightWeb Analysis, le 16 Mars, 2005, http://rightweb.irc-online.org.
[26] Portrait de ce nationaliste militant, plus néo-confédèré que néo-conservateur, Tom Barry, « Bolton’s Baggage », IRC Special Report, 11 mars, www.irc-online.org . [27] Portrait par Michael Lind de « Wolfowitz of Arabia », « Catastrophic Success », Salon.com, 17-03-05, www.Salon.com .
[28] Jim Lobe : « Bush PR Person To Direct US Public Diplomacy », RightWeb Analysis, 16-03-05, http://rightweb.irc-online.org.
[29] Ron Suskind : « Without a Doubt », The New York Times Magazine, 17-10-04, www.nytimes.com.
|
Imprimer cet article
Cet article au format PDF
|