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Édito : Le projet de « nouvelle » doctrine de l’OTAN (A. J.)
Édito : Le projet de « nouvelle » doctrine de l’OTAN (A. J.)
Par A. J.,
16 juin 2010
Publié en mai par le groupe de travail présidé par Mme Albright (avec la participation de deux experts français) le projet ne contribue pas à mettre de la clarté dans la relation OTAN Union Européenne. On remarque avec quelque surprise que le ton général du projet est celui d’un militarisme conquérant, assez flou, mais définitif et d’une volonté intacte des Etats-Unis d’apparaître comme le maître du monde. Malgré quelques inflexions vers plus de consultation la dernière « nouvelle doctrine » de OTAN est dans la ligne de l’évolution de la pensée stratégique américaine peut-être la plus extrémiste. Comme si rien ne devait être abandonné, de ce qui avait été pensé au Pentagone et à la Maison Blanche depuis la fin de l’URSS,
Les Administrations de, Clinton et Bush fils, ont laissé des traces mais dans une direction modernisatrice nommée au départ RMA, et depuis Bush Transformation, et qui se maintient pour l’essentiel. La diminution d’effectifs et le langage du désarmement nucléaire adopté au sommet de Rome (91) se maintienent. Mais ils côtoient les thèmes de la RMA et de la première QDR de 98 qui s’étaient projetés sans délai dans le premier nouveau concept OTAN de 1999, en proclamant à la fois la modernisation capacitaire et les opérations basées sur les effets (EBO). Nés d’une gestion par l’Air Force d’une philosophie du ciblage systémique tenant lieu d’argumentaire politique, le devoir d’explorer toutes les menaces pensables et toutes les capacités et les arsenaux capables de cibler cet adversaire - ou plutôt cette adversité polymorphe, se développe dans une doctrine reconnaissant l’existence d’une gamme beaucoup plus importante de menaces et se donnant à manoeuvrer de façon préemptive pour détruire les menaces avant qu’elles se soient affirmées.
Cette évolution était antérieure à l’attentat des deux tours et procède donc d’une évolution autonome interne du complexe militaire industriel aux Etats Unis, privé d’ennemi désigné.
Le 2° tournant politico stratégique à eu lieu en effet au sommet de Prague dans le nouveau concept OTAN de novembre 2002 qui, cette fois au nom de la guerre contre le terrorisme islamiste et sa tête visible AlQaida, renforce l’évolution vers le systémique préemptif, mais débouche en outre explicitement vers le « hors zone » : l’OTAN se donne à « relever le défi pour la sécurité des forces, des populations et des territoires de nos pays , d’où que ces défis puissent venir ».
Il ne reste dès lors plus grand’chose du traité de l’Atlantique Nord et c’est le Traité qui apparaît comme un document subsidiaire de l’OTAN en guerre. La guerre d’Afghanistan et la guerre d’Iraq sont deux tentatives pour entraîner l’OTAN dans les guerres américaines du Moyen Orient. Les principes en sont exposés dans la QDR de 2006, la première qui soit élaborée entièrement par Rumsfeld. Echec en Iraq et retournement tactique dès 2007 avec le nouveau manuel d’emploi des forces de Petraeus. Ce retournement semble promettre quelque succès en Afghanistan, où le ralliement de la France à contre courant introduit un doute. Est il possible d’influencer le commandement purement américain vers des tactiques plus informées et des objectifs politiques réels ? L’avènement d’Obama qui proclame sans délai la « guerre AFPAK » n’annonçait rien de bien cohérent.
Aujourd’hui, l’essentiel de la Transformation se poursuit dans la doctrine proposée aux alliés. « L’OTAN - titre le Monde - veut s’adapter aux menaces diffuses d’un monde globalisé ». Mais ce n’est rien de nouveau : c’est la troisième doctrine OTAN qui repose sur cette « vision ».
Et en effet la future « nouvelle doctrine OTAN » de 2010 maintient, avec quelques variantes, la modernisation sur les mêmes principes (capacitaires, EBO, hors-zone) et reste une tentative d’asservir les moyens européens au char triomphal d’un empire américain avide de puissance et désireux de disposer d’alliés compétents dans le cadre de leur représentation des guerres futures.
Pour terminer : ce processus cumulatif de représentations, parfois délirantes, et d’échecs politiques et stratégiques à bavures, (critiqué de l’intérieur par l’Army) donne à penser que la direction des guerres américaines n’est pas entre les mains des militaires ni réellement des politiques, mais d’une sorte de culture managériale à la fois dogmatique et ingénue, mêlant les préceptes scolaires et les concepts des business schools (avec un retard de 10 ans) et la rigidité hasardeuse des jeux de stratégie, pour le profit des avionneurs, des cibleurs, des systémophiles.
Cette culture est maintenant proposée, voire imposée aux Etats membres, comme si ce produit composite avait la moindre vertu sécuritaire ou pacificatrice, alors que la crise financière menace sans doute le Monde de se transformer en une collection très coûteuse de petites guerres sans fin, reflétant les incohérences brutales du système financier, qui déploie ses fastes dans l’ignorance des conséquences locales du chaos. Une autre école d’emploi des forces devrait d’urgence sortir de la zone interétatique pacifiée de l’Europe.
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