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Note de lecture : le faux, un art de survie en milieu hostile ! (Michel Rogalski)
Note de lecture : le faux, un art de survie en milieu hostile ! (Michel Rogalski)
Sarah KAMINSKY, Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire, Calmann-Lévy, 2009, 261 pages, 16 euros
Par Michel Rogalski,
19 avril 2010
Derrière le paisible, modeste et timide Adolfo Kaminsky se cache le curieux, l’obstiné, l’inventif. Pendant trente ans, cet homme qu’on aurait pu croiser chez son boulanger tous les matins menait double vie. Et quelle vie ! Contée avec talent par sa fille, la vie de ce fils d’émigrés juifs russes, né en Argentine est estomaquante. Clandestin pendant plusieurs décennies, vivotant officiellement comme photographe de laboratoire, il s’affirme très vite comme l’un des meilleurs faussaires de la place de Paris.
Interné à Drancy à dix-sept ans, il échappe à la solution finale grâce à l’intervention du consulat d’Argentine, et se met au service de la Résistance qui le spécialise très vite, en raison de ses connaissances balbutiantes de chimie, acquises comme apprenti chez un teinturier, vers le service de fabrication de faux papiers. Là, il excelle, développant un talent de chercheur et d’innovateur, au point qu’il passera très vite du grattage-raturage d’amateur à la fabrication sur grande échelle des modèles qu’on lui présentera. Chaque nouvelle demande est un défi à relever ... et des vies à sauver. Il lui faut installer des ateliers, y passer des nuits, déménager souvent en catastrophe au rythme de l’étau policier qui parfois se resserre.
Pacifiste, internationaliste et libertaire, il est de toutes les causes. Après la Résistance, il aide les juifs à rejoindre Israël mais sans vouloir s’y installer lui-même. Un temps approché par les services français qui lui offre un laboratoire, il cesse ses services quand il comprend que son savoir faire sert avant tout la politique coloniale en Indochine. Puis il enchaîne avec les combats anticolonialistes et antifascistes. Ceux de l’époque, réseaux Jeanson, puis Curiel de la guerre d’Algérie, l’amenant à s’installer à Bruxelles.
De retour à Paris dès 1963, il se lance aux côtés des mouvements de libération d’Afrique, révolutionnaires d’Amérique latine, antifascistes d’Europe ou des déserteurs américains de la guerre du Vietnam. Le rythme s’intensifie, dicté par les demandes croissantes qui accompagnent l’envol de la notoriété
Sentant la menace policière se rapprocher, il cesse brutalement ses activités en 1971 et part en Algérie où pendant dix années une nouvelle vie, familiale et privée, commencera pour lui. Sentant venir la montée de l’intégrisme islamiste, il reviendra en France dans les années 80.
Arrivé au sommet de son art, que pouvait-il craindre ? Quel régime aurait pris le risque politique de le traîner devant les tribunaux ? Non, à son niveau, impunité assurée ! Imaginez le cortège de témoins, héros de nobles luttes, défilant à la barre pour lui témoigner leur reconnaissance. Vies sauvées ici, poursuites d’activités rendues possibles là. Non, cet homme c’est un service public à lui tout seul. Son action devrait être mise au programme de tous les cours d’instruction civique. Bravo l’artiste !
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