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L’action militaire et l’impérialisme technologique (Thierry Allemand)

Par Thierry Allemand, 9 octobre 2009

Nous avons dans le N° 103 du Débat Stratégique en mai 2009 analysé les modes d’actions militaires des derniers combats que les armées occidentales mènent actuellement- Irak, Liban, Gaza - La conclusion en était que ces formes de combats, les plus technologistes que l’humanité a eu à connaître, outre qu’ils innovent par leurs volontés de ‘saisir’ toute une population, imposent une inflation de moyens ‘techniques’ qui n’arrivent pas à vaincre militairement leurs adversaires et des lors à enclencher un processus de paix politique.

Les soubassements du technologisme

Nous voudrions dans cette note énoncer les soubassement et raisons ‘logiques’ qui impulsent de telles situations. Notre interrogations provient du collationnement de faits qui ‘ne devraient’ pas arriver mais qui, s’ils adviennent, démontrent que la loi des ‘frictions’ chère à Clausewitz est toujours d’actualité, n’en déplaise aux ‘professionnels’ de l’engagement militaire et à leurs directions politiques.

Pour ce faire on s’appuiera sur des éléments du rapport que les députés britanniques - Commission des Affaires Etrangères - ont rendu public à l’été 2009 (Le Monde 2 août 2009) et qui donne le ‘la’ des forces occidentales : Effets collatéraux majeurs, principalement le fait du couple ‘drone-missiles’, Eparpillement ou chevauchement dans les prises de décisions, Planification (militaire) irréalistes, Manque de coordination entre les services de ‘WhiteHall’ et l’état-major sur le terrain, Manque de sensibilité culturelle, Absence de stratégie cohérente. (Lutte contre le Terrorisme, puis chasse aux Narcos, pour arriver à la ‘Reconstruction’ ou on se prend le pays à bras le corps ???) Cela aboutit pour la Grande Bretagne à déplorer 22 morts en Juillet 2009.

L’extériorisation du combattant

Si l’on reprend ces critères on peu s’apercevoir que ce sont les ‘pointes’ de la technologie ‘civilo -militaire’ actuelle qui sont mises en cause : Les armes ‘furtives’ à actions sans présence du combattant et report ‘au loin’ du couple décideur-tireur. Les outils de types « C3I » avec leurs cohortes de ‘spécifications’, télécommunication à tous niveaux, base de données et planning d’exploitation avec leurs jungle de procédures de fonctionnements. Ce ‘paradigme technologique’ aboutit à une ‘extériorisation’ du combattant par rapport à la société où il agit, ce qui se duplique et confirme par le flou des objectifs qui lui sont assignés On est en droit de se poser à cette lecture au moins deux questions : ‘Pourquoi cela ‘ne marche-t-il pas ?’ et des lors, ‘A quoi (qui) cela sert-il ?’

L’inversion des voies et des moyens

Pour faire simple on peut dire que la science et la technologie ont pris ‘la main’ sur la demande militaire au motif que ces derniers ont besoin du mieux, c’est-à-dire du plus cher, avec la ‘qualité’ la meilleur, car évidemment on ne badine pas avec la menace de mort. Le général Poirier nous a bien expliqué cette inversion, de « voies et moyens » qui définissent la stratégie. Ce qui veut dire que les scientifiques se comportent en ‘corporation [1]’ défendant leurs recherches, par exemple les capacités de transmission des matières pendant que le ‘lobby [2]’ des technologues montrent que la miniaturisation d’objets optiques permet du ‘fire and forget’ [3] ! Grâce à cela les militaires créent le concept de ‘numérisation du champ de bataille’... Ceci fait que les armées reçoivent des matériels et équipements sans réel intérêts, par rapport aux moments où des engagements sont à entreprendre. On en verra la preuve dans le nombre des ‘crash-programmes’ qui emplissent de nos jours les bureaux d’études ... ainsi pour le traitement des « engins explosifs de situation » ...qu’un pauvre fasse ‘tout’ sauter on aurait pu y penser, avant !!!

A la question ‘Pourquoi cela ne marche-t-il pas’ on est endroit de dire que les scientifiques et techniciens deviennent visiblement porteurs de pouvoirs déterminants - faire apparaître une avancée scientifique - et décisifs - créer un fusil à tirer dans les coins avec une gâchette à 10 000Km et faire croire que cela a du sens. Leur force réside dans le lieu qu’ils occupent, car ils apparaissent comme ‘hors’ rapport de force politique, ils sont même utilisés par les forces politiques comme ‘moments’ hors champ de médiation politique - Qui remettrait en cause le besoin de systèmes de communications performants pour les armées ? Nous ne sommes plus au temps ni de la trompe ni de l’estafette - mais il faudrait que cela fonctionne et les députés anglais conviennent que non !!! (Après des milliards dépensés)

A quoi cela sert-il ?

A quoi cela sert-il ? Etait notre seconde interrogation. Que les « voies et moyens » soient en positions décisives ont conviendra que ce n’est pas pour faire prédominer des orientations guerrières...mais en reliant l’introduction des sciences&technologie aux coûts des programmes on comprend assez vite le mécanisme. La vie sociale au sein des relations sociales est le règne du temps court et de nos jours de plus en plus court ! L’imbrication de dirigeants, scientifique&technicien, chefs d’entreprises et de hauts fonctionnaires a pour buts de donner de la perspective, du temps long et ainsi de rendre un programme économiquement intéressant. On prendra le cas du programme Rafale en France qui à déjà coûté 15 milliards d’euros (en vingt ans), pour 75 d’appareils opérationnels de nos jours, ... pour aller détruire des cavernes. (Un Skyraider ferait l’affaire) Mais ces ‘dépassements’ budgétaires sont autant de mobiles (voir de ballons d’oxygènes) apportés à des entreprises de type High-tech, qui grâce à une inflation dans les réponses scientifico-techniques opèrent une ponction financière sur la nation via le budget de l’Etat pour le plus grand profit de leurs porteurs d’actions. En veine de confidence la ‘patron’ de la chasse en 1998 [4] ne déclarait-il pas, que cet avion (Rafale) il n’en avait nul besoin pour les actions qu’il avait à mener...et qui depuis n’ont pas beaucoup évoluées ni dans leurs contextes ni dans leurs formes ? Cela sert donc à tout sauf à faire la guerre ...du moins si elle avait à être faite, cela on en reparlera dans une dernière partie qui s’intéressera à la guerre de nos jours et au contrôle démocratique qui devrait s’y exercer !


[1] Alain JOXE, ¨Paix et conflits, N°7, automne 1984

[2] ibidem

[3] Tire et oublie

[4] Général Peron devant la 50ième cession de l’IHEDN note du rédacteur au printemps 1998

 


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