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Crimes de guerre et doctrines militaires : Palestine, Iraq, Afghanistan (Alain Joxe)
Édito
Crimes de guerre et doctrines militaires : Palestine, Iraq, Afghanistan (Alain Joxe)
Par Alain Joxe,
9 octobre 2009
Le rapport du juge Goldstone publié le 15 septembre donne des détails sur l’emploi d’un nouvel arsenal et sur la doctrine d’engagement des forces fixée pour la mission de Tsahal, qui fonde une présomption de préméditation de crime de guerre. Ce sont en partie les nouveaux armements, leur vivacité surhumaine, la capacité de riposte interarmes sans délai en temps réel qui entraînent la légitimation des crimes de guerre, comme tactiques dans les stratégies de « maintien de la paix ». Perverties par l’électronique sécuritaire globale ces tactiques policières extrémistes poussent au terrorisme et à la guerre sans fin. La souffrance infligée à la population civile de Gaza, par les tactiques de progression en terrain urbain par prise de positions de tir dans les bâtiments d’habitation impliquent le « nettoyage » préalable et la prise en otage des habitants. Des gadgets à effets de surface aléatoires, bombes au phosphore ou autres systèmes de fragmentation de projectiles remplissant l’espace habité, créent des blessures par brûlures ou hémorragies internes incurables, chez les non combattants. Plus classiques : les tirs d’artillerie directs par tanks, canons de marine, hélicoptères lourds ou drones, servent à l’assassinat, ciblé ou non ciblé, des occupants des hôpitaux des mosquées des écoles Onusiennes, donc de civils. Enfin la destruction des sols et des systèmes d’irrigation de zones agricoles entières par bulldozers lourds contribue à la disette entretenue par le siège. Ces méthodes impliquent un ordre de mission admettant explicitement les bavures. Elles évoquent celles des guerres de conquêtes coloniales, victorieuses par la terreur en première phase, mais aussi celles les guerres de décolonisations, en phase finale, toutes perdues par l’incapacité de promouvoir un avenir vivable aux vaincus.
L’intégration des « bavures » dans la guerre est légitimée par l’idée que tous les civils peuvent être considérés comme politiquement responsables de la poursuite de la résistance - ce qui n’est pas faux, en théorie clausewitzienne, mais n’en fait pas des combattants. D’où la présence structurelle d’une violation des Conventions de Genève Il est vrai que contre les milices pratiquement désarmés, encerclés et soumis au blocus terrestre, aérien et naval total, l’emploi de ces moyens manifeste l’application d’une doctrine israélienne, explicite, de « punition disproportionnée », méditée après l’échec du Liban, et visant à créer dans la population civile du désespoir politique ; l’objectif n’étant plus depuis longtemps d’amener les Palestiniens à la table des négociations, mais de les inciter à abandonner individuellement et le combat et la terre qu’ils occupent.
Par leur but stratégique, ces actes constituent des crimes de guerre différents de ceux commis par les Etats-Unis en Afghanistan et en Iraq.. Les occupants sous commandement américain ne visent évidemment pas comme fin, mais seulement comme moyen, l’expulsion des habitants par la terreur des combats : c’est seulement pour « ôter l’eau du poisson » que les actions de guerre provoquent parfois des mouvements massifs de réfugiés. La doctrine qui règne théoriquement est exposée clairement dans COIN Field Manual FM 3-24 de l’Army et MCWP 3-33.5 des Marines) mis en forme par le Général Petraeus dès 2006, et appliquée en Iraq en 2007, sur ordre de Bush avec la montée en effectifs du « surge ». Il suppose une préoccupation nouvelle : éviter les « bavures » et obtenir un soutien populaire par un usage politiquement plus intelligent des combats, l’alliance par corruption de certaines milices, et la reconstruction économique..
Dans ce cadre doctrinaire, OBAMA reste Soumis à une pression militaire visible - les déclarations du 25 septembre du Général McChrystal commandant américain pour l’Afghanistan Pakistan en faveur de l’organisation comme en Iraq d’une phase de « surge » c’est à dire un accroissement d’effectifs (de 30 à 40.000 hommes) permettant seul le passage à une stratégie intelligente de la COIN style Petraeus
Mais son application réelle est freinée par la culture militaire de base des gradés et des combattants de l’Army et des Marines, entraînés à « tirer sur tout ce qui bouge » ; le financement d’actions de reconstruction provoquent surtout une extraordinaire corruption. Il faudrait avoir le temps d’entraîner une nouvelle génération militaire, apte à mener jusqu’au bout une « guerre de reconquête » qui sauverait le peuple afghan à la fois de l’opium du pavot et de l’opium du peuple. Cette relance est peu probable.
Seule la doctrine française d’engagement des forces élaborée au CDEF allait, jusqu’à présent, jusqu’au bout d’une critique stratégique des nouveaux arsenaux et mémorisait les succès tactiques de la bataille d’Alger et les corvées de bois des Aurès non seulement comme des crimes, mais comme une trahison entraînant défaite stratégique de l’école de Lyautey ou de Gallieni. La stratégie des OPEX doit viser à reconstruire la fonction de protection hobbesienne de la population. Une tâche de casque bleu et non pas de croisés conquérants. Il ne faudrait pas que cette école disparaisse corps et biens dans l’impasse et la confusion de la guerre AFPAK sous commandement américain.
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