CIRPES - Centre Interdisciplinaire de Recherches sur la Paix et d'Etudes Stratégiques
---------------------------
<naviguer>
---------------------------

Le débat stratégique

L’équipe

Les Cahiers d’études stratégiques

Le débat stratégique N° 104 - Juillet 2009

Le débat stratégique N° 102 - Mars 2009

Le débat stratégique N° 90 - Avril 2007

Le débat stratégique n° 100 -Novembre 2008

Le débat stratégique N° 101 - Janvier 2009

Le débat stratégique N° 103 - Mai 2009

Le débat stratégique N° 105 - Septembre 2009

Le débat stratégique N° 106 - Novembre 2009

Le débat stratégique N° 107 - Janvier 2010

Le débat stratégique N° 108 - Mars 2010

Le débat stratégique N° 109 - Mai 2010

Le débat stratégique N° 110 - Juillet 2010

Le débat stratégique n° 111-112 sept-nov 2010

Le débat stratégique n° 79 - Mars 2005

Le débat stratégique n° 80 - Eté 2005

Le débat stratégique n° 81 - Septembre 2005

Le Débat stratégique n° 82 - Novembre 2005

Le débat stratégique n° 83-Janvier 2006

Le débat stratégique n° 84-Mars 2006

Le débat stratégique N° 85 Mai 2006

Le débat stratégique N° 86-Juillet 2006

Le débat stratégique n° 87 Septembre 2006

Le débat stratégique N° 88-Décembre 2006

Le débat stratégique N° 89-Janvier 2007

Le débat stratégique n° 91 Mai 2007

Le débat stratégique n° 92 Juillet 2007

Le Débat stratégique N° 94 Novembre 2007

Le débat stratégique n°113

LE DEBAT STRATEGIQUE n°114 - 2012

Le Débat stratégique N°93 Septembre 2007

Le débat stratégique N°95-Janvier 2008

Le débat stratégique N°96- Mars 2008

Le débat stratégique N°97 Juin 2008

Le débat stratégique N°98 Juillet 2008

Le débat stratégique N°99 Septembre 2008

---------------------------
<dans la même rubrique>
---------------------------

Programmation 2009-2014 : une nouvelle doctrine

L’hégémonie vacillante du Dollar

Réformer à rebours : la guerre en Géorgie et la remise en question de l’avenir de la défense suédoise

AfPak : Incertitudes

Crimes de guerre : Criminalité hiérarchique et culpabilité systémique

Honduras coup d’état militaire archaïque


Bienvenue > Le débat stratégique > Le débat stratégique N° 104 - Juillet 2009 > Le Royaume-Uni à l’heure des choix

Le Royaume-Uni à l’heure des choix

Par Jean-Claude Sergeant, 11 juillet 2009

Avec un budget de 38 milliards de livres sterling (43 milliards d’euros) de fonctionnement, assorti d’une enveloppe de 9 milliards de £ (10,3 milliards d’euros) au titre des investissements, c’est-à-dire des acquisitions de matériel, le ministère de la Défense n’a pas été le plus mal loti des ministères à la suite des arbitrages opérés par le Trésor qui ont structuré le Budget présenté par le ministre des Finances (Chancelier de l’Echiquier) Alistair Darling aux Communes le 22 avril dernier. Dans le contexte de récession que connaît le Royaume-Uni - on prévoit un recul du PIB de 3,5% pour l’année en cours - le Chancelier de l’Echiquier a préféré gonfler le déficit budgétaire en remettant à 2011, soit après les prochaines élections, l’inéluctable décélération des dépenses publiques qui représentent encore aujourd’hui 47,6% du PIB.

Les contraintes économiques

Au ministère de la Défense (MoD), les responsables s’attendent à une ponction qui ne leur permettra pas de maintenir le niveau capacitaire, qu’il s’agisse des nouveaux programmes d’équipement dont les coûts sont constamment revus à la hausse - le National Audit Office (la Cour des Comptes britannique) fixait en 2008 le surcoût des vingt principaux programmes à 205 millions de £ (236 millions d’euros) par rapport aux devis primitifs - ou de l’amélioration de la solde et des conditions de vie des 187 000 militaires que comptent les Forces armées du pays. Dans l’un de ses récents rapports, la Commission de la Défense de la chambre des Communes soulignait « les pressions importantes pesant sur le personnel, le matériel, les conditions d’entraînement et les moyens logistiques » [1], pressions accrues par la priorité accordée aux urgences opérationnelles liées aux interventions en Irak et en Afghanistan. Le retrait progressif du contingent britannique - environ 4 00 militaires - stationné à Bassorah, annoncé début mai, devrait permettre d’alléger la contrainte, malgré l’envoi de 700 hommes décidé à la même époque par Gordon Brown destiné à renforcer temporairement les 8 300 militaires qui composent le contingent britannique engagé en Afghanistan Le même jour (1er mai 2009), BAe Systems annonçait la suppression de 500 emplois suite au retard du MoD concernant l’attribution du contrat relatif à la conception, au développement et à la fabrication d’un nouveau véhicule blindé modulaire destiné à l’infanterie baptisé FRES (Future Rapide Effect System), appelé à remplacer les Saxon et Warrior parvenus en fin de service. A l’origine, il y a de cela cinq ans, le MoD envisageait d’acquérir près de 4 000 véhicules de ce type pour un coût de 649 millions de £ (746 millions d’euros) [2] . Le ministère s’est ensuite orienté vers la production de deux châssis différents, l’un destiné à une version servitude (utility), l’autre à une version reconnaissance (scout), en privilégiant dans un premier temps la première, puis la seconde à la suite d’atermoiements dénoncés en termes vifs par la Commission de la Défense des Communes qui qualifie la conduite de ce programme de « fiasco » [3]. D’autres programmes sont également affectés par les dépassements de devis et la dérive des calendriers, notamment celui destiné à renouveler la flotte de navire auxiliaires de la Royal Navy (programme MARS - Military Afloat Reach and Sustainability) ou encore le programme d’appareils de reconnaissance maritime de nouvelle génération Nimrod MRA4, lancé en 1996. L’incapacité du MoD à mener de front l’ensemble de ses programmes dans les délais impartis s’est déjà manifestée par l’annonce de l’entrée en service de la première unité du programme de destroyers Type 45 en décembre 2009, soit avec un retard de deux ans par rapport au calendrier initial. Encore ce bâtiment, le premier de la série de six prévue au programme, réduite de moitié au fil des ans, ne sera-t-il pleinement opérationnel qu’après avoir été doté de son système d’armes (le système PAAMS qui doit également équiper les frégates franco-italiennes) qui ne semble pas encore finalisé. En décembre 2008, le ministre de la Défense, John Hutton, annonçait un décalage dans le calendrier d’entrée en service des deux porte-avions de 65 000 tonnes inscrits au programme d’équipement : un an pour le premier - le Queen Elizabeth - et deux pour le Prince of Wales que la Royal Navy ne réceptionnera qu’en 2018, sous réserve que le nouveau calendrier soit respecté. L’un des arguments avancés pour justifier ce réaménagement du calendrier était le retard pris par le programme Joint Strike Fighter (F-35) de Lockheed Martin dont le MoD attend 150 unités navalisées pour remplacer ses Harrier GR9 parvenus en fin de vie.

Vers une révision stratégique majeure ?

Le maintien de ces programmes risque néanmoins d’être remis en cause à plus ou moins brève échéance, quelle que soit l’issue des prochaines élections attendues, au plus tard, en mai 2010. Si l’équipe actuelle est reconduite au pouvoir, il est peu probable que, compte tenu de la détérioration de la situation économique annoncée pour 2010 et de la réduction des dépenses publiques programmée, le MoD ait les moyens de soutenir l’ensemble de ses ambitions programmatiques. Pour leur part, les conservateurs, qui s’apprêtent à former le nouveau gouvernement, ont d’ores et déjà annoncé qu’ils engageraient une nouvelle réflexion sur la politique de défense nationale, analogue à la Strategic Defence Review intitiée par Tony Blair dès son arrivée au pouvoir en 1997. A en croire David Cameron, le dirigeant du parti conservateur, qui s’est exprimé sur le sujet lors d’une conférence de presse le 30 avril 2009, aucun des programmes actuellement en cours ne serait sanctuarisé, qu’il s’agisse des Eurofighter - le MoD a prévu d’en acquérir 232 - des deux porte-avions, dont le coût est actuellement estimé à 4 milliards de £ (4,6 milliards d’euros), voire du remplacement des missiles Trident d’origine américaine dont le principe avait pourtant été approuvé par le Parlement en mars 2007 [4]. Le Royaume-Uni va donc devoir tailler dans le vif et trancher entre ses différentes priorités, ce qui ne manquera pas d’affecter ses capacités d’action au plan international et, plus largement, son statut au sein du concert des nations.


[1] House of Commons Defence Committee, Ministry Annual Report and Account 2007-2008, 5e rapport, session 2008-2009, mars 2009, par. 59.

[2] National Audit Office, Ministry of Defence Major Projects Report 2006, HC 23-II, session 2006-2007, p. 162.

[3] House of Commons Defence Committee, Defence Equipment 2009, 3e rapport, session 2008-2009, HC-107, p. 38.

[4] Voir sur ce sujet J.-C. Sergeant, « Le renouvellement de la force nucléaire stratégique britannique », Revue des Deux Mondes, décembre 2007, pp. 39-50.

 


Imprimer cet article

Cet article au format PDF

  [Haut de page]