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Leçons des combat contemporains
Leçons des combat contemporains
Par Thierry Allemand,
9 juin 2009
Dans les combats, le « caporal » et ses « actes » sont politico-stratégiques
Les actions militaires à Falloudja (Année 2004), au sud Liban (Eté 2006) et à Gaza (Hiver 2008-2009) sont des exemples significatifs des nouveaux paradigmes dans lesquels s’inscrivent les actes de combats contemporains. Ces nouveaux paradigmes sont la traduction et la conséquence de l’asymétrie qui caractérise les acteurs puisque ces combats - quand combat il y a - opposent des armées « occidentales - technologistes » et des groupes armées, utilisateurs « innovants » en récupérations et détournements technologiques.
Dès lors le "soldat occidental" devient de moins en moins efficient puisqu’il ne s’affronte pas à un « égal », ou prétendu tel, mais à un « autre » qui lui pose bien des problèmes et dont le moindre n’est-il pas de le renvoyer à « lui-même » : à ce qu’il fait, à qui il est, et à quoi il sert ?
Mais les trois situations mentionnées doivent être mises en regard :
Falloudja 2004 (1) : Circuler dans les propriétés privées !
Dans cette ville moyenne de moins de 300 000 habitants, s’était constituée une base sunnite de résistance à la présence américaine. Dans l’année 2004, une première série d’opérations est lancée en avril, appuyées par des bombardements, destructeurs mais peu efficaces pour briser la résistance. L’ensemble des combattants représente l’équivalent d’une brigade « Otan » mais va imposer à l’armée américaine de mobiliser 13 groupements tactiques interarmées (GTIA) ce qui représente quasiment l’armée de Terre française au complet pour en venir à bout ..
Dans ces journées d’affrontements terribles, une innovation quasi inaperçue va prendre place. Pour résoudre la difficulté à se déplacer sur les axes normaux (rues, avenues, boulevards...), les forces américaines vont emprunter les arrières cours des maisons bordant les voies de circulations et même, si nécessaire, avancer dans les maisons passant de l’une à l’autre « à-couvert » ; Autrement dit, cela se fait par la création de « chemins » au sein des habitats via la destruction des limites de propriété de chacune et la destruction de mur de clôture, d’espaces privés et de murs « tout court ».
Sud Liban 2006 (2) : les combats disséminés » !
Ici , l’armée israélienne a appliqué la méthode consiste à réaliser un fichage, préalable à la fois géographique et social, des habitants d’une zone . Un tel fichage est ensuite utilisé lors de l’intervention armée en bouclant la zone considérée et en pratiquant à l’intérieur les assassinats sélectifs des opposants, meneurs et militants répertoriés afin de terroriser la population et de neutraliser ses envies de résistances. Les théoriciens israéliens attendent de cette méthode un « saut de conscience » qui induirait ces populations à mettre en œuvre des approches politiques en lieu et place d’actions terroristes... !
Gaza 2008-2009 (3) : Faire la synthèse des deux ... !!!
Tous les récits de l’opération militaire à Gaza disent la même chose : face à un adversaire qui tient sous ses feux les axes « classiques » de pénétration, l’armée israélienne utilise la méthode « Boukris » [1] qui consiste là aussi à créer en lisière des axes existants des voies de circulation à l’aide d’immenses bulldozers qui se frayent un passage au travers des maisons et arrières cours, par où s’engouffrent les forces armées ainsi dégagées de la menace « militaire », et dans le même temps cette intrusion pas à pas à l’intérieur des maisons permet le contrôle des populations et l’élimination des personnes fichées.
Les questions qui naissent des techniques de combat :
Ces actes peuvent apparaître comme de bonnes réponses en terme de techniques de combats mais en vérité, il soulèvent des questions fondamentales comme :
Quelles sont les valeurs politiques défendues ?
Une armée de type occidentale « bras armé » d’États démocratiques est-elle en droit de bafouer un des droits fondamentaux de la démocratie, la propriété privée ? Jusqu’alors seule des armées « communistes » avaient rompus ce pacte, par exemple les forces de la Communes de 1871 (Cf Cluseret ...) et l’Armée Rouge entre 1942/45 ...
Jusqu’où s’applique le principe Politique de contrôle de la société sur son armée ?
Une armée de type occidentale « bras armé » d’États démocratiques est-elle autonome dans le choix de ses méthodes de combats et sa « technicité » l’autorise-t-elle à faire ce que bon lui permet son simple jugement de « technicien » de l’engagement armé ?
Comment se prémunir contre l’impérialisme de la technologie ?
Une armée de type occidentale « bras armé » d’États démocratiques est-elle obligée de reproduire les « formes » industrielles de mobilisation des ressources en capital/travail ou doit-elle justement intervenir avec des formes « archaïques » qui préservent son essence et garantissent son action ?
Comment les formes de « conscriptions » peuvent-elles dépasser les formes sociales contemporaines ?
Une armée de type occidentale « bras armé » d’États démocratiques est-elle engagée de fait dans un processus de privatisation (Armée privées US en Irak) induite par la « professionnalisation », elle même fille de la technologie ...
Ces à quelques unes de ces « facettes » que nous nous intéresserons dans une prochaine livraison du débat stratégique
[1] Voir le livre de samy Cohen :
Samy Cohen "Tsahal à l’épreuve du Terrorisme", éditions du Seuil Mars 2009
L’auteur présente dans un premier temps une analyse de ce que la guerre et les combats asymétriques imposent comme comportement militaire à un Etat démocratique et à son armée. Une fois posés, ces principes encadrent le récit de l’emploi de la force armée que l’état d’Israël a entrepris entre 1945 et nos jours. Deux éléments sont structurant dans la définition de l’acte de guerre de l’État d’Israël ; Une vision politico-stratégique d’ encerclement irréductible et une vision géostratégique de non existence d’espace de manœuvre, les deux aboutissant à la création d’un concept dit de "Réponse Disproportionné" à et dans tout acte de guerre. Ce modèle qui s’appliqua avec succès lors de conflit de 47/56/67/73 s’est grippé dans son application à la résolution des intifada et des combat périphériques. On apprend au cours de se récit que l’armée israélienne à toujours recourue à des formes « terroriste » de combat comme le massacre de Kfar Kassem du 29/10/1956 juste avant la campagne du Sinaï de 56 et l’auteur stigmatise le basculement de Tsahal dans une systématisation de ce type d’approche suite à l’opération "Paix en Galilée" de Juin 1982.
On comprend à cette lecture l’étrange faiblesse du pouvoir politique israélien face à ses cadres militaires mais on voit aussi que cette faiblesse est l’atre face de de l’omniprésence de l’armée dans la vie et l’inconscient de la nation israélienne, où on retrouve l’effet fondateur de l’encerclement irréductible.
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