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Notes de lecture : Le Rêve de Bolivar, le défi des gauches sud américaines

par Marc SAINT UPÉRY, éditions La Découverte/Poche, 2008, 374 pages, 12,50 euros

Par Michel Rogalski, 18 février 2009

On saluera la réédition de cet ouvrage, complété d’une longue postface, un peu plus d’un an après sa première sortie. L’auteur, traducteur de profession et installé de longue date en Équateur, ne cache pas sa sympathie pour le « tournant à gauche » dans lequel l’Amérique latine s’est plongée. Le voyage dans « les gauches » auquel il nous invite est salutaire parce qu’à la fois prudent et engagé. Même si l’homme n’a pas l’enthousiasme facile, il sait voir, écouter, relater, comparer et réfléchir. On est loin des clichés simplistes qui verraient le continent sommé de se prononcer pour la réforme ou la révolution, faisant de Lula et de Chavez les frères ennemis. Oui, « Chavez suscite les passions, Cuba divise, le sous-commandant Marcos séduit, Lula interpelle et Kirchner intrigue ». Parce que l’Amérique latine est le lieu de projection privilégié de toutes les utopies de la gauche européenne, il faut trouver la bonne distance avec cette familiarité à la fois réelle et trompeuse et ne pas se laisser aveugler par les jeux de miroirs de l’apparente continuité culturelle. L’auteur y excelle et nous entraîne dans un voyage au coeur de ces expériences. Au Brésil tout d’abord, où Lula cherche à orienter le pays vers un « national-développementisme » en se servant de l’instrument de l’intervention étatique, mais en oubliant chemin faisant les références au « socialisme ». Les succès de Lula et sa réélection, alors qu’on le croyait miné par les affaires de corruption, doivent beaucoup, affirme l’auteur, au programme de Bolsa familia qui distribue aux familles pauvres des allocations pour chaque enfant de moins de seize ans, ainsi qu’aux hausses du salaire minimum et des retraites. L’auteur affirme que « dans le Brésil de Lula, les riches sont toujours encore plus riches et les pauvres sont moins pauvres ». Le chavisme est l’expression de la crise politique du régime bipartite qui a gouverné le Venezuela entre 1958 et 1994. Il s’apprête à célébrer son dixième anniversaire ayant traversé maintes épreuves et ayant été relégitimé à sept reprises par les urnes. L’auteur reflète bien et de façon nuancée la polarisation politique qui a gagné le pays. On notera l’extrême intérêt de ce chapitre qui couvre un large spectre de sujets : démocratie, relations avec Cuba, lutte contre la pauvreté, problèmes agraires et alimentaires, rente pétrolière, « socialisme du XXIe siècle » et participation populaire. Dans sa postface, Saint-Upéry revient sur les conséquences de l’échec référendaire sur la nouvelle constitution proposée par Chavez : tassement du soutien populaire qui reste encore massif, délégitimation des arguments de la droite dure et putschiste. Par contre l’émergence d’une troisième voie que l’auteur croit avoir pressentie ne semble pas s’être confirmée à l’occasion des dernières élections régionales. L’auteur confirme que Washington est en train de perdre l’Amérique latine. Il suffit en effet de dresser la liste de ce que la Maison-Blanche ne peut plus faire pour s’en convaincre : isoler complètement Cuba, créer une coalition régionale contre le Venezuela, imposer sa propre version de l’orthodoxie économique sur le continent. L’auteur, qui ne porte guère intérêt aux débats idéologiques, reconnaît que ce serait déjà un résultat fort méritoire si ces expériences réussissaient « à améliorer durablement la vie quotidienne des couches les plus défavorisées et à démocratiser les rapports sociaux et politiques dans les divers pays du continent ». Bref, il s’agirait selon notre auteur de « dépasser l’abstraction frauduleuse des discours radicaux pour affronter concrètement les problèmes radicaux ». Et à ses yeux, les gauches sud-américaines possèdent suffisamment d’atouts pour affronter ces terribles défis avec une certaine dose de créativité pour que nous puissions toujours en apprendre quelque chose.

 


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