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Budget 2009 : on dépense ... mais au fait, pourquoi faire ?

Thierry Allemand

Par Thierry Allemand, 4 janvier 2009

L’ETAT PRODUIT DES RÉCITS ... ET DÉFINIT DES FINS.

L’Etat dépense ... il suffit de lire le projet de budget de la Défense ! les crédits de paiement 2009 pour l’équipement se montent à 17,1 milliards d’euros (+ 10%) soit 46 millions d’euros par jour. Ces dépenses se rapportent aux représentations stratégiques globales et le livre Blanc est l’exercice majeur de mise en forme, de ces/ses visions et récits comme autant de jalonnement d’un future possible ! Les titres de chapitres en sont éloquents « de la mondialisation àa la stratégie de sécurité nationale » (L’incertitude stratégique ; Les conséquences pour la France et l’Europe ; La stratégie de sécurité nationale). « l’ambition européenne et internationale de la France » (L’ambition européenne ; La rénovation transatlantique ; La sécurité collective au 21 siècle), « Une nouvelle stratégie pour l’action » (Quels engagements ; Connaître et anticiper ; Prévenir).

Mais il est dit aussi au Chapitre 13 (« Les Forces ») que « La définition et l’articulation des grandes fonctions stratégiques qui doivent assurer la sécurité nationale résultent de l’analyse conduite en 2007-2008. Elles fixent de grandes orientations, ..., C’est pourquoi, de façon délibérée, il n’est pas proposé de déterminer un « modèle d’armée » dans ce Livre blanc... »

LES APPAREILS D’ETAT ‘ARMÉES’ CONÇOIVENT ET CODIFIENT LES EMPLOIS ...

Lors du colloque du 8 novembre 2006 sur la Tactique, le général Vincent Desportes commandant le CDEF expliquait « La tactique va mal et cela nous laisse indifférent ! Cela, généralement, nous laisse indifférents parce que, en temps de paix, cette déliquescence ne se paie pas « cash » et que nous avons mille autres problèmes apparemment plus urgents à régler. ... Je vois, pour ma part, à l’origine de cette déliquescence, deux raisons essentielles ... La première raison relève du contexte de la guerre froide et de notre concept de défense d’alors...La deuxième raison relève sans nul doute de l’influence de la pensée américaine sur la pensée européenne...la prévalence du quantitatif sur le qualitatif, ...la prévalence du technologique » [1] Mais l’embuscade du 18/08 ‘sur un chemin des montagnes Afghanes’ pose beaucoup de questions : Pourquoi l’unité engagée communique-t-elle mal avec les siens (Renforts, Appuis, Alliés) ? Pourquoi l’appui aérien m’était -il pas optimum du fait de la non présence d’officier TAC-P ? Pourquoi l’armée de terre n’utilise-t-elle pas les TAC-P de l’armée de l’Air ? Comment l’unité était-elle constituée et disposait-elle de la cohésion nécessaire ? Comment le commandement de la colonne inter armée était il constitué ? Pourquoi les unités engagées ne disposent-elles pas d’appui en interne ? (Mortiers, autres ...) ? Pourquoi cette mission a-t-elle été planifiée et comment ? Respectait-elle les ‘principes’ des affrontements en montagnes ? Comment la chaîne hiérarchique otanienne était constituée et comment a-t-elle fonctionnée ? Le cadre politique de la mission est-il en cohérence avec le contexte local ? Pourquoi la mission ne porte-t-elle pas son véritable nom (Guerre) et implication (combat) ?

DE QUELQUES AXES DE RÉFLEXIONS

Les premières pensées se figent sur la question suivante : Existe-t-il un corpus cohérent d’emploi des forces armées ? Depuis 1994, le monde a changé, et les pratiques militaires françaises ont évolué en raison des circonstances, sans que le pouvoir politique se soit empressé de définir les orientations clausewitziennes claires qui permettent aux objectifs politiques de l’État de se traduire de façon cohérente par une politique d’armements, une stratégie militaire et des doctrines d’emploi des forces.

Livrés aux directives surabondantes et ‘illisibles’ de l’ONU, les casques bleus français devait s’inventer, se bricoler, à la fois un nouveau type de mission et une forme d’éthique.

On a donc assisté à la mise en place progressive, pour les besoins de l’instruction et les nécessités de l’entraînement, d’éléments disjoints puis de synthèses des enseignements tirés des expériences de terrain. Entre la lecture des ‘récits politiques’ et de celui des combats du 18/08 on mesure bien une continuité, celle du rôle de l’interarmisation et de l’interopérabilité, que ce soit en interne au sein de l’armée française ou dans le cadre majeur d’emplois ‘autres’, l’Otan.

Facteur clé du succès dans les conflits de demain’ nécessaire à la ‘complémentarité des moyens’ Il importe que les armées disposent de communications standardisées, nécessaires à l’achèvement du champ de bataille numérisé”. Les trois armées pour ce faire ont entamé d’importants chantiers : BOA pour l’armée de Terre, Liaison des données L16 pour les aviateurs et LE 22 pour les marins, mais, ‘encore peu favorisées par les contraintes budgétaires’, les initiatives transversales manquent, ainsi n’existe-t-il pas de passerelle standardisée et compatible Otan entre les unités au sol et les avions de combat français. ) [2]

Le combat comme tout processus de vie est un enchaînement de fonctions et de taches qui nécessitent l’irrigation par de l’information. Gérer ces/ les ‘interfaces’ devrait être au cœur du travail collaboratif entre chacune des armées mais ce ne semble pas être le cas.

Tous disposent du dernier niveau technologique, mais rien ne communique ... On sait pourtant depuis Clausewitz que le ‘diable’ se situe dans le frottement né des situations en devenir.

LES ACTEURS À LA RECHERCHE D’UN ‘MODÈLE COHÉRENT’ ...

Le gouvernement achète des matériels dans le cadre d’un arbitrage où au minimum 3 niveaux se déploient et interfèrent : Le rapport de force politique et militaire articulés entre eux par celui de la technologie et de ses ‘obligations’ économiques : « Cette priorité - investissements dans les équipements militaires- va dans le sens de la réponse de l’Etat face à la crise » [3]. Le jeu des trois autorise la crédibilité, ou pas, de ses prétentions et de ses actions. Sa pensée est quantitative, des fonds dédiés aux moyens, résultent ses fins.

Le Parlement, auditeur du fonctionnement, se devrait de valider deux points majeurs ; La défense repose-t-elle sur les citoyens, clarifiant l’aspect démocratique du ‘port d’arme’ en fonction des situations et cette clarification faite, la validation de l’opérationnalité de l’outil lui incombe par délégation de la population...l’aura-t-il fait ?

Les états - major des forces armées créateur des entités et des process d’emplois, experts en constitution d’outil de défense, doivent en fonction des menaces et des moyens mis à leurs dispositions optimiser la constitution des structures aptes à remplir les fins politiques de la gestion d’alliances à la conquête d’un village ‘afghan’ et de ses abords.

LES CHEMINS DE L’AFGHANISTAN

Ces chemins nous montrent que l’on est en plein "Storytelling" : On sait dépenser, on se raconte des histoires, mais que savons nous faire ?

Les “histoires” se sont, pour la population, les « images et récits » qui du défilé du 14 juillet aux émissions TV, en passant par le Livre Blanc constituent le récit. Les “histoires” se sont pour les professionnels les obligations de structurations nés de l’Otan et des imitations obligées de la virtualisation des ‘outils’, à l’image des pratiques du DOD, des universités américaines et Hollywood au sein du « ICT » et de ses avatars ... le virtuel prenant le pas sur le réel ... et débouchant sur une [4] des joueurs de par le monde, réplique de la guerre sans fin poursuivie. [5]

Le 18/08 montre clairement une dérive semblable à celle de l’armée israélienne lors de la seconde guerre du Liban ... Nos armées sur équipées n’ont eu à se confronter ‘qu’à des voleurs de poules’ où l’adversaire n’aura été qu’un piètre plastron ces derniers temps.

Maintenant que des combats réels vont avoir à être mené, avec nos technologies et nos armes vendues, nous allons vers de solides déconvenues. Il est à craindre que les Invalides ne résonnent encore ...mais ce ne serait hélas que le retour de l’expérience historique qui veut qu’on ne puisse se préparer à la guerre à faire. On oublie traditionnellement de prendre soin de l’Homme [6] afin qu’ils soient au clair dans leurs têtes, aient l‘intelligence’ de l’engagement et disposent des bons ‘outils’ aux bons moments.


[1] Cahier Réflexion Doctrinale CDEF Séminaire Tactique 08/XI/08

[2] Air & Cosmos, 2141 X/08

[3] Le Monde 29 octobre 2008

[4] conscription permanente

[5] Christian Salmon, Storytelling, paris, La Découverte, 2007, (Chapitre 6)

[6] Cahier du Retex « Sous le Feu » Lt Colonel M Goya

 


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