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Afghanistan : enseignements possibles de l’embuscade du 18 aout

3 octobre 2008

Au lendemain du débat parlementaire sur le renouvellement de la décision d’envoi des troupes françaises en Afghanistan, on note que le consensus du début de cette opération n’existe plus, ni au niveau de l’opinion ni au niveau des partis politiques. Les composantes du débat ont subi l’influence de l’embuscade du 18 août au cours de laquelle nos troupes ont subi des pertes.

Il faut néanmoins faire la différence entre les enseignements tactiques tirés de cet engagement et ceux qu’on pouvait attribuer, dans le temps long, à trois facteurs de la dégradation des conditions de combat qui paraissent difficilement remédiables :

-  à l’échec de la stratégie américaine proprement dite - hors ONU-OTAN, (bombardements de populations civiles dans la zone frontalière pachtoune et extension du conflit au Pakistan) ;
-  à l’hétérogénéité maintenue des missions pensées dans le cadre américain et de celles pensées dans le cadre ONU,
-  à la narco-économie du pavot qui assure la survie de zones paysannes étendues qui garantit des ressources abondantes à l’adversaire et augmente la corruption générale de la société politique rendant impossible une reconstruction et un développement. Il est possible, mais pas certain que ce soit l’ensemble des incohérences de la coalition qui se reflètent dans la surprise initiale de la colonne arrivée en bout de vallée et jusqu’au col desservi par un sentier, et la lenteur relative, relevée par certains récits, des appuis logistiques (munitions) et aériens lors du combat d’août. Il s’agit aussi « puisqu’on est en guerre » comme les canadiens, d’une opération normale quoique trop coûteuse, qui réclame pour la suite quelques ajustements, notamment le renforcement autonome des unités de marche française (en véhicules blindés, en drones, en hélicoptères) pour ne pas dépendre sur le plan tactique des commandements américains (d’où les renforts décidés).

Le sens des notes qui suivent c’est que les pertes subies ne peuvent pas servir directement d’argument pour la poursuite ou l’interruption de la participation française, mais elles éclairent les difficultés qui seront rencontrées, avant comme après, non seulement pour améliorer les conditions du combat en coalition mais pour modifier profondément la stratégie américaine. Cette exigence, a été formulée par l’opposition socialiste lors du débat. Elle n’est pas très éloignée des exigences formulées virtuellement par le premier ministre (au vu d’une situation très mauvaise après six ans de guerre), dans sa volonté de faire peser une représentation française de l’opération onusienne pour remettre en forme la conception américaine future. Celle-ci l’emportera jusque dans les détail des appuis aériens, même dans la « Zone Centrale » sous commandement français, et même un retournement stratégique des Etats-Unis ne suffira pas à restaurer l’image d’un succès pacificateur sans une guerre anti-narco frontalière dont on sait qu’elle est partout vouée à l’échec lorsque l’État est corrompu. Ce qui explique l’exigence de rupture plus nette manifestée par les Verts et le PC, qui pèserait dans le sens d’un retour du dossier à l’ONU 1.

Erreur sur l’ANALYSE POLITICO-MILITAIRE.

Le 8 avril dernier le Premier Ministre déclarait : « La France n’est nullement en guerre »... les Talibans se chargent de démontrer que c’est bien une guerre qui se joue dans la zone centrale dont la France a accepté d’être responsable, sans pour autant avoir encore le pouvoir de modifier les moyens et les fins fixées par les Etats Unis . Le niveau des armements, et les modes opératoires ne laissant aucun doute sur ce fait. Une opération qui dure plus de six heures et se poursuit la nuit jusqu’au lendemain avec 100 hommes engagés de chaque côté est une action de guerre...

C’est ce que rappelle le général américain David.McKierman : « On est en guerre ce ne sont pas des opérations de maintien de l’ordre » . (cf.le Monde 25/08) dévoilant sans gène la réalité qui correspond, en tout cas, à la définition de la missil’objectif américain, mais qui ne correspond pas à la définition de la mission Onusienne, celle de la France au départ

Flou de la DEFINITION DE LA MISSION

Le paysage décrit correspond à un lieu d’embuscade idéal. Y avait il un flou sur la définition de la mission : se montrer de façon routinière sur une route, proche de la capitale, ou bien la « rouvrir » en s’attendant à des affrontements possibles, (dans le village ? sur les hauteurs ?) pourquoi les sections de têtes ont elles poursuivi la montée jusqu’au col par le sentier à chèvre en lacets qui prolongeait la route dans le cul de vallée en amphithéâtre chambre à échos rendant très difficile de localiser les tireurs embusqués ; des troupes mal entraînées au combat en montagne peuvent alors être tentées de gaspiller les munitions Même si elle n’a pas duré, il y a eu une panne de munitions.

La présence d’un élément américain de forces spéciales dont la mission n’a pas été décrite, laisse supposer que la mission pouvait correspondre à une mission OTAN/US plus qu’une mission ONU/Française, autrement dit que c’était une mission symbolique du ralliement Français, plutôt que de l’autonomie française et les Talibans dont les qualités militaires sont certaines, ne se sont pas trompé de cible symbolique.

Erreur dans la STRUCTURATION des FORCES et le commandement

Les forces engagées l’étaient sur ce théâtre depuis moins d’un mois, elles ne devaient pas avoir encore acquis l’entraînement et les "réflexes" mentaux et organisationnels nécessaires, la trop grande rotation des forces se fait au détriment de leurs claire adaptation à leurs missions. La réforme de l’armée de Terre française a crée le concept de ‘réservoir de forces’ ; dès lors on puise dans les réservoirs et on bâtit des ‘unités de marche’ en vue de constituer une force d’action du niveau compagnie (le Monde du 25/08). Cette hétérogénéité ne facilite pas l’esprit de corps et l’initiative agile au combat. S’y ajoute le "panachage" de forces afghanes, au milieu de la colonne, et les forces spéciales US en queue.

On n’a pas l’impression qu’elles étaient destinées à affronter une embuscade...plutôt.. à se montrer et à faire du renseignement. la colonne aura été organisée, planifiée et vécue comme une mission de ‘police en plaine’.Ce qui conduit à la question : qui commandait en fait la colonne ? en tête les Français ? en queue les forces spéciales américaines ? est-ce que cette double question restera sans réponse ?

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