CIRPES - Centre Interdisciplinaire de Recherches sur la Paix et d'Etudes Stratégiques
---------------------------
<naviguer>
---------------------------

Le Débat stratégique

L’équipe

Les Cahiers d’études stratégiques

Le débat stratégique N°97 Juin 2008

Le débat stratégique N° 102 - Mars 2009

Le débat stratégique N° 90 - Avril 2007

Le débat stratégique n° 100 -Novembre 2008

Le débat stratégique N° 101 - Janvier 2009

Le débat stratégique N° 103 - Mai 2009

Le débat stratégique N° 104 - Juillet 2009

Le débat stratégique N° 105 - Septembre 2009

Le débat stratégique N° 106 - Novembre 2009

Le débat stratégique N° 107 - Janvier 2010

Le débat stratégique N° 108 - Mars 2010

Le débat stratégique N° 109 - Mai 2010

Le débat stratégique N° 110 - Juillet 2010

Le débat stratégique n° 79 - Mars 2005

Le débat stratégique n° 80 - Eté 2005

Le débat stratégique n° 81 - Septembre 2005

Le Débat stratégique n° 82 - Novembre 2005

Le débat stratégique n° 83-Janvier 2006

Le débat stratégique n° 84-Mars 2006

Le débat stratégique N° 85 Mai 2006

Le débat stratégique N° 86-Juillet 2006

Le débat stratégique n° 87 Septembre 2006

Le débat stratégique N° 88-Décembre 2006

Le débat stratégique N° 89-Janvier 2007

Le débat stratégique n° 91 Mai 2007

Le débat stratégique n° 92 Juillet 2007

Le Débat stratégique N° 94 Novembre 2007

Le Débat stratégique N°93 Septembre 2007

Le débat stratégique N°95-Janvier 2008

Le débat stratégique N°96- Mars 2008

Le débat stratégique N°98 Juillet 2008

Le débat stratégique N°99 Septembre 2008

---------------------------
<dans la même rubrique>
---------------------------

Résistance et Libération au Moyen-Orient

Liban : « l’intégration » du Hezbollah et l’accord de Doha.

Coûts et blessures de la dissuasion

La Turquie, n’a plus le statut de « rentier stratégique » des USA

Pour une politique industrielle de défense : Les firmes françaises d’armement et le livre blanc.

Note de lecture


Bienvenue > Le Débat stratégique > Le débat stratégique N°97 Juin 2008 > Les exportations, moteur et révélateur des faiblesses de l’industrie russe d’armement

Les exportations, moteur et révélateur des faiblesses de l’industrie russe d’armement

Louis-Marie Clouet

Par Louis-Marie Clouet, 5 juin 2008

Au-delà d’une influence diplomatique, les exportations d’armements demeurent pour Moscou le moyen le plus direct de financer la modernisation de son industrie d’armement. Mais les lenteurs de cette modernisation plombent la qualité des armements russes et risquent de mettre à mal cette source de revenus.

Des exportations essentielles pour le soutien aux industries nationales de défense

Depuis 2000, l’Etat russe a réaffirmé son contrôle sur la politique de coopération militaro-technique par l’instauration d’une nouvelle “verticale du pouvoir” sur le système administratif de coopération militaro-technique, et d’un monopole d’Etat sur les exportations d’armements accordé à l’entreprise d’Etat Rosoboronexport. Désormais, le Kremlin utilise pleinement les exportations d’armements comme un outil d’influence, en articulation avec des accords pétrogaziers et des remises de dettes, comme l’ont illustré des contrats récents avec l’Algérie, le Venezuela, l’Indonésie, et des négociations avec la Libye. Les exportations sont pour les entreprises une source essentielle de revenus, du fait principalement de l’absence de commandes conséquentes de l’Etat russe et de programmes structurants pour l’industrie d’armement. L’augmentation récente du budget russe de la défense tarde à produire ses effets sur une industrie encore très dispersée. Dès lors, les exportations constituent encore une planche de salut pour nombre d’entreprises russes. Les armements russes conservent un avantage par rapport à la concurrence occidentale du fait de leur prix peu élevé : ils sont considérés en moyenne 25% moins chers que leurs concurrents occidentaux. Mais ils doivent intégrer la hausse du coût de l’énergie et des matières premières, en particulier des métaux spéciaux. Les séries limitées de certains armements et les difficultés d’approvisionnement en composants en Russie renforcent cette tendance à la hausse des prix des armements russes. De plus, le vieillissement des installations industrielles russes implique un coût croissant d’entretien, de remise en état voire de modernisation ; la vétusté des équipements de production pénalise les entreprises en limitant leur capacité réelle de production, et induit des retards sur les délais prévus par les contrats de ventes d’armes à l’exportation.

Les défis de coût et de qualité des armements russes

A la fin de 2007, le président algérien Abdelaziz Bouteflika s’est plaint à Vladimir Poutine de la mauvaise qualité des premiers avions de combat MiG-29 livrés dans le cadre des contrats signés en mars 2006. Le gouvernement algérien a suspendu le paiement et la réalisation des contrats de ventes d’armes russes tant que ces problèmes ne seraient pas réglés . L’Inde s’est plainte du retard pris dans la remise en état du porte-avions Amiral Gorchkov : le chantier dépasse manifestement les capacités du chantier naval Sevmach, et ce retard pose des problèmes à la marine indienne, qui devra maintenir en service son ancien porte-avions en attendant l’arrivée du porte-avions russe, repoussée d’au moins trois ans. La ré- évaluation des travaux nécessaires a pour conséquence un surcoût évalué à 1,2 milliards de dollars, que Rosoboronexport doit négocier avec le Ministère indien de la Défense, peu enclin à des concessions financières .

La détérioration des capacités des usines de production du complexe militaro-industriel russe atteindrait 80% Les équipements de moins de cinq ans ne représentent que 5%, et la grande majorité de l’outil industriel est en service depuis plus de trente ans . De ce fait, les installations modernes sont saturées pour réaliser les contrats à l’exportation, mais le plan de charge global reste très faible (30-40%) et les coûts d’entretien des chaînes de montage croissent de manière vertigineuse. Du fait de son monopole sur les exportations d’armements, Rosoboronexport est la seule entité responsable de l’exécution des contrats, mais elle ne peut contrôler l’ensemble du processus industriel. Or les problèmes de retards et de mauvaise qualité de la production résultent en grande partie de la qualité des composants et des retards de livraisons par les sous-traitants.

En prenant des participations ou le contrôle de pans de l’industrie russe, Rosboronexport et sa maison-mère Rostekhnologii5 veulent peser sur la qualité du processus de production, depuis la R&D jusqu’à la livraison du produit fini au client. Les responsables de Rostekhnologii espèrent qu’une gestion centralisée permettra de remédier aux défauts constatés, en raccourcissant la chaîne de direction et en leur donnant prise sur les sous-traitants de l’industrie d’armement. Rostekhnologii ressemble étrangement à un ministère technique soviétique plus qu’à un holding, une sorte de “shadow ministry” de l’industrie militaire et civile orientée à l’exportation, avec toutes les chances de prendre la position de client le plus important des entreprises industrielles russes.

Il n’est pas certain que la centralisation de secteurs entiers de l’industrie russe entre les mêmes mains, face l’immensité de la tâche, soit un gage de réussite, mais bien plus d’opacité, de corruption et de lourdeurs bureaucratiques.


 


Imprimer cet article

Cet article au format PDF

  [Haut de page]