CIRPES - Centre Interdisciplinaire de Recherches sur la Paix et d'Etudes Stratégiques
---------------------------
<naviguer>
---------------------------

Le Débat stratégique

L’équipe

Les Cahiers d’études stratégiques

Le Débat stratégique N° 94 Novembre 2007

Le débat stratégique N° 102 - Mars 2009

Le débat stratégique N° 90 - Avril 2007

Le débat stratégique n° 100 -Novembre 2008

Le débat stratégique N° 101 - Janvier 2009

Le débat stratégique N° 103 - Mai 2009

Le débat stratégique N° 104 - Juillet 2009

Le débat stratégique N° 105 - Septembre 2009

Le débat stratégique N° 106 - Novembre 2009

Le débat stratégique N° 107 - Janvier 2010

Le débat stratégique N° 108 - Mars 2010

Le débat stratégique N° 109 - Mai 2010

Le débat stratégique N° 110 - Juillet 2010

Le débat stratégique n° 79 - Mars 2005

Le débat stratégique n° 80 - Eté 2005

Le débat stratégique n° 81 - Septembre 2005

Le Débat stratégique n° 82 - Novembre 2005

Le débat stratégique n° 83-Janvier 2006

Le débat stratégique n° 84-Mars 2006

Le débat stratégique N° 85 Mai 2006

Le débat stratégique N° 86-Juillet 2006

Le débat stratégique n° 87 Septembre 2006

Le débat stratégique N° 88-Décembre 2006

Le débat stratégique N° 89-Janvier 2007

Le débat stratégique n° 91 Mai 2007

Le débat stratégique n° 92 Juillet 2007

Le Débat stratégique N°93 Septembre 2007

Le débat stratégique N°95-Janvier 2008

Le débat stratégique N°96- Mars 2008

Le débat stratégique N°97 Juin 2008

Le débat stratégique N°98 Juillet 2008

Le débat stratégique N°99 Septembre 2008

---------------------------
<dans la même rubrique>
---------------------------

Livre blanc et opérations en cours

Deux diables pour refaire de l’OTAN une alliance de guerre tout terrain

La refonte de l’armee israélienne entre « populisme blindé », « techno-stratégie étrangère » et « coups de forces commandos »

Le nouveau « grand jeu » en Mer noire

Où vont les firmes françaises d’armement ?

Note de lecture

Les échos du Débat


Bienvenue > Le Débat stratégique > Le Débat stratégique N° 94 Novembre 2007 > Rostekhnologii, vecteur dual de puissance, instrument de l’ambition de Tchemezov

Rostekhnologii, vecteur dual de puissance, instrument de l’ambition de Tchemezov

Louis-Marie Clouet

Par Louis-Marie Clouet, 26 novembre 2007

Passant outre les réticences du gouvernement Fradkov, le directeur de Rosoboronexport, Sergue Tchemezov, a obtenu mi-septembre 2007 que Vladimir Poutine dépose en personne le projet de loi créant un nouveau holding, baptisé Rostekhnologii.

Ce holding chapeautera l’activité de commerce des armements incarnée par Rosoboronexport et les actifs industriels passés sous son contrôle, ainsi que sa filiale Oboronprom qui regroupe tous les hélicoptéristes russes et bientôt un pôle de motoristes autour de NPO Saturn, le constructeur automobile AvtoVAZ, le premier producteur mondial de titane VSMPO Avisma, une filière de production d’aciers et métaux spéciaux. Rostekhnologii devrait aussi accueillir un regroupement des électroniciens de défense (lasers, optronique, VHF), et une association des producteurs de munitions et explosifs.

Rostekhnologii est le fruit des efforts patients de Sergueï Tchemezov à hauteur de son ambition : le holding n’est pas soumis à l’autorité du gouvernement ; Rostekhnologii bénéficiera de mesures exceptionnelles limitant la transparence de sa comptabilité ; sa direction aura toute liberté pour utiliser les ressources financières et les bénéfices du groupe à des fins de modernisation, de concentration ou de croissance externe.

UNE STRATEGIE DE NOYAUTAGE DE L’INDUSTRIE D’ARMEMENT RUSSE

Alors que se dessinent les contours du nouveau holding, on peut constater que Rosoboronexport et sa futur maison-mère Rostekhnologii sont absentes de tout engagement direct dans le secteur de l’armement, pour préférer une stratégie de noyautage et d’influence indirecte :

-  Sergue Tchemezov évite de s’exposer aux ambitions concurrentes d’autres proches de Poutine, notamment Sergueï Ivanov - qui préside le monopole aéronautique OAK - ou Alexandre Bouroutine - un temps pressenti pour présider le holding public OSK de construction navale. Les restructurations dans ces secteurs mettaient aux prises des groupes industriels déjà puissants : les avionneurs Sukhoï, Irkout, MiG, les chantiers navals privés Severnaya Verf et Baltiiski Zavod appartenant à l’oligarque Sergueï Pougatchev, que Rosoboronexport a échoué à racheter. Tchemezov a préféré placer ses alliés, notamment Alexeï Fedorov, patron de Irkout puis MiG, à la tête l’OAK.

-  Rosoboronexport disposait déjà d’une influence considérable sur les plateformistes russes d’armement grâce à son monopole sur les exportations russes d’armements. La transformation de Rosoboronexport dans le nouveau holding permet aussi à Tchemezov de s’affranchir de la dépendance des exportations d’armements et des aléas politiques quant à la préservation de son monopole sur ce commerce.

-  Tchemezov laisse le Kremlin gérer en direct les restructurations lourdes et onéreuses dans les secteurs d’armements tels que l’aéronautique, la construction navale ou l’armement terrestre, plus proches des domaines sensibles de souveraineté.

Apparaît ainsi une répartition des tâches entre le Kremlin qui concentre l’industrie lourde de l’armement en holdings publics - OAK, OSK, armement terrestre - et Rosoboronexport, qui vise en priorité les secteurs en amont des équipementiers et systémiers, aux applications plus largement duales.

RECENTRAGE SUR LES ACTIVITES DUALES A FORTE VALEUR AJOUTEE

Rostekhnologii sera centré sur les domaines de hautes technologies, à forte valeur ajoutée - électronique, moteurs - ou de fourniture de matières premières, métaux spéciaux, dont la rareté et l’utilisation accrue dans l’aéronautique laisse espérer d’importants bénéfices. Ces équipements constituent de plus en plus la majorité du coût des plates-formes de combat modernes.

Pareillement, les hélicoptères sont clairement des biens duaux, qui bénéficient de la croissance du secteur de l’extraction en hydrocarbures : les contrats de ventes d’hélicoptères sont moins importants en volume financier que les contrats d’avions de combat, mais moins politisés, plus fréquents et à la fois civils et militaires, ce qui assure des flux financiers appréciables.

Tous ces secteurs peuvent permettre plus aisément des coopérations avec des industriels occidentaux, permettant d’acquérir des technologies faisant défaut à l’industrie russe.

Rostekhnologii deviendra ainsi un groupe industriel incontournable dans le secteur de l’armement et de hautes technologies russes, à la fois par son contrôle des exportations d’armements, par son rôle pivot pour les programmes d’armements russes et pour les coopérations avec des partenaires étrangers. Il devrait aussi offrir une affiche plus respectable, et moins exposée à des sanctions américaines, que sa filiale marchande d’armes Rosoboronexport.

L’équipe de Sergueï Tchemezov ne manque pas d’ambition et se dote des moyens de la réaliser. Il reste à vérifier si cette ambition se traduira aussi par des qualités de management et d’efficacité de gestion, car les projets de concentration annoncées supposent encore de réussir la concentration et la modernisation de pans sinistrés de l’industrie russe d’armement.


 


Imprimer cet article

Cet article au format PDF

  [Haut de page]