29 novembre 2007
Au cours de l’été 2007 les responsables militaires israéliens ont présenté des propositions de transformation de l’armée israélienne, axées sur le renforcement global des aptitudes à la dissuasion et aux capacités d’alerte et de combats terrestre [1]. Ces projets, qui ne sont pas un ensemble unifié, s’articulent principalement autour des équilibres suivants :
Il s‘agirait d’une part de renforcer les Forces terrestres en procédant à la recréation de deux divisions blindées précédemment dissoutes, divisions essentiellement composées de réservistes. Cette recréation s’appuierait sur une amélioration des capacités de survie des blindés face aux nouveaux missiles adverses et en particulier sur le développement d’un nouvel engin de transport de troupe mieux adapté aux conditions de la lutte urbaine et mieux protégé contre les armes du Hezbollah.
Il est par ailleurs proposé en ce qui concerne la Force à long rayon d’action de renforcer ses capacités aériennes, balistiques et sous-marines (par l’acquisition de l’avion F-35 notamment ainsi que par l’accélération des programmes de drones) et de développer les dispositifs d’entraînement des spécialistes de ces équipements.
Enfin, en ce qui concerne les « forces de guerre indirecte », un accent particulier est mis sur la réorganisation et le renforcement des forces d’actions spéciales.
Ces perspectives justifient logiquement les propositions d’augmentation budgétaire : le discours insiste sur le déficit de moyens enregistré face au Hezbollah mais aussi à la différence de niveau entre le budget israélien et le cumul des budgets adverses : Iran, Syrie et Hezbollah / Hamas.
TROIS SOCIOLOGIES MILITAIRES
Ces propositions impliquent en fait trois définitions divergentes de la défense du point de vue d’une sociologie de la « légitimité de la guerre et des effectifs combattants ».
Tout se passe comme si la critique des opérations du Liban n’avait pas été unifiée dans l’appareil militaire et que chacune des trois branches face à ’échec réclamait une portion hétéroclite de renforcement.
En ce qui concerne, les "divisions blindées", c’est moins la technologie qui prime que l’appel à des effectifs. Le recours à des réservistes permet de renouer avec les pratiques de "l’armée du peuple" et les savoirs de mobilisation idéologique via la conscription.
En terme de combat on voit que c’est par le mouvement que les stratèges veulent régler la question des défenses linéaires statiques inaugurées par le Hezbollah durant l’été 2006. Ce mouvement « en sécurité sous blindage » (passif et actif) permettra de découper les lignes de défenses, puis de les écraser en sauvant un maximum de personnels.
Les "armes à longs rayons d’actions" représentent un modèle quasi inverse du précédent : dans ce cas la technologie représente l’aile marchante (marchande) du projet et en contre partie elle impose une vision de sa mise en oeuvre par des spécialistes entraînés. Le recrutement est totalement opposé au précédent puisque nous n’avons plus affaire au « tout venant » de la société mais à une « élite technique » qui aura tendance à privilégier son savoir-faire par rapport aux contingences et obligations politiques ; de plus lors de la fin de leur temps d’engagement ces personnels se retrouvent dans les entreprises « fournisseuses » et ainsi la boucle se boucle sur une forme d’autonomisation de ce paradigme secteur/personnels, dont d’ailleurs l’affiliation idéologique va toujours dans le sens du suivisme du leader technologique.
Enfin, dans la préférence pour les "forces spéciales", là encore le modèle technologique est fort, même s’il est plus réduit du fait du moindre nombre d’équipements, mais ce modèle représente une voie particulière car dans ce cas la technologie doit intégrer de nombreux savoir-faire tant techniques que militaires, puisque le recrutement est basé bien souvent sur une population de type « lumpen prolétariat »(et/ou mercenaires publics/privés), où l’idéologie guerrière supplée au moindre « intellectualisme » des personnels.
C’est d’ailleurs le pendant des outils technologiques précédents dans la mesure où, ne pouvant répondre à tout, il est nécessaire d’aller au contact de son adversaire pour être sur des effets ou parfois aider à les causer. Ces forces, qui se développent dans toutes les armées, sont totalement sous le contrôle des gouvernements qui ne rendent aucun compte de leur utilisation. Ce type de force est particulièrement anti-démocratique et peut servir de vivier à des milices instrumentalisées.
Gestion des flux financiers : Ces propositions ne sont pas simplement des hypothèses : on ne peut manquer de les relier à l’annonce des 30 milliards de dollars d’équipements rendue publique à l’été 2007 et à la demande « d’armes à long rayon d’action » : ainsi la plus grande partie de ces fonds seront affectés à la haute technologie, les 2 divisions blindées ne représentant qu’un effort « minime », ce qui aura pour effet mécanique d’autonomiser les décisions politiques...
"Après la guerre de juillet, un général israélien constatait amèrement que le prix d’un seul des 250 avions F-16 israéliens équivalait au budget annuel d’entraînement des 300 000 réservistes du pays, lesquels, par économie, avaient vu leur période annuelle de mobilisation et d’entraînement passer de 30 à 14 jours. [2]"
SOCIETE MILITAIRE, SOCIETE CIVILE
Le premier ministre n’a pas fait connaître pour le moment son sentiment sur ces propositions mais le gouvernement est confronté à deux impératifs dont la hiérarchie n’est pas sans importance : ne pas déplaire à ses militaires et montrer à la population qu’il s’efforce de garantir sa sécurité.
Les militaires, dont Abraham Burg [3] dénonce l’omniprésence dans la société, semblent jouer à la fois l’escalades aux frontières [4] et la manipulation des idéaux fondateurs de l’état d’Israël, ( « l’Armée du Peuple » dont il conviendrait de pallier l’effondrement tant « qualitatif que quantitatif ») [5].
La Population soumise pour la première fois depuis la création de l’Etat d’Israël à des menaces réelles - tirs de roquettes et de missiles - peut s’engouffrer dans une paranoïa destructive. Ce risque est là aussi stigmatisé par Abraham Burg : " La conviction que nous sommes obligés de vivre par le glaive vient de notre expérience de l’Allemagne ... Cette muraille (mur) veut aussi représenter physiquement les confins de l’Europe, un peu comme le ’limes’ romain était censé séparer la civilisation latine des Barbares. C’est pathétique.".
[1] La refonte de l’armee israélienne entre, « populisme blindé », « techno-stratégie étrangère » et « coups de forces commandos »
[2] Document CDEF
[3] Courrier International N°874 02- 22/08/07
[4] UNDOF validant que la préparation à la guerre était plus importante coté israélien - Debka 21/08/07
[5] Debka 21/08/07