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L’Iran met en échec les « Néocons » américains

Bertrand Badie

Par Bertrand Badie, 19 avril 2007

La république islamique d’Iran accumule apparemment les paradoxes : persane elle s’impose aujourd’hui comme l’une des principales puissances du jeu subtil et dangereux qui anime le monde arabe ; islamique et révolutionnaire, elle est porteuse d’un projet diplomatico-militaire d’abord nationaliste, dans le droit héritage de ce qu’avait souhaité jadis le Shah avec la bénédiction des Etats-Unis ; au ban de la communauté internationale, elle revendique d’abord son entrée dans le club des puissances qui font aujourd’hui l’oligarchie mondiale.

Echec du lissage du Grand-Moyen-Orient

Ces trois éléments sont liés intimement et s’expliquent l’un l’autre. L’Iran doit se définir face à une dangereuse posture qui a conduit les néoconservateurs à proclamer le lissage du Grand-Moyen-Orient. A l’exact opposé de son père, George W. Bush s’est mobilisé pour abolir toute puissance régionale, toute force de contrepoids dans la région où seule l’influence américaine, pour cause de démocratisation, et la puissance israélienne, pour des raisons tout aussi idéologiques, ont droit de cité. George Bush père avait pris soin, dans une impeccable perspective réaliste, de redessiner le Moyen-Orient post-bipolaire en attribuant un rôle d’équilibre à la Syrie, en ménageant la puissance diplomatique égyptienne, en tenant compte du leadership saoudien, en misant sur la Turquie et en renonçant à démanteler l’Irak. Nul doute qu’à terme l’Iran aurait suivi. Aujourd’hui chacun de ces pôles est démantelé, neutralisé et même Ankara est tenu en marge. Le rapport Baker - Hamilton rédigé et inspiré par l’ancienne équipe montre l’importance du clivage.

Face à quoi la lutte des moyennes puissances locales devient un mélange d’amertume, perceptible au Caire, de subtil retrait, observable à Riad, ou de contestation militante, évidente à Téhéran ou à Damas. D’autant que les espoirs de gain liés à une telle attitude ne sont pas minces dans une région où le chaos et l’échec des grands font très bon ménage. Washington alimente ainsi à peu de frais une diplomatie contestataire qui permet à la Syrie et surtout à l’Iran d’avoir place dans le jeu diplomatique mondial : à défaut d’être associé à la construction de l’ordre, il n’est pas absurde de tenter de vivre en créant du désordre ; faute de puissance suffisante, on essaye la nuisance dont les prétextes sont offerts sur un plateau d’argent.

Stratégies de nuisance des puissances moyennes.

On retrouve ici les effets banals de la mise en quarantaine naïve des petites puissances, suffisamment fortes pour vouloir exister, suffisamment faibles pour n’avoir que la nuisance à opposer. La question nucléaire prend, de ce fait, un relief tout particulier. Elle devient politique avant même d’être militaire. Nul, même en Israël, ne parie sur la réalité d’une menace iranienne, dans une région dont la configuration et l’exiguïté se prêtent mal à un usage crédible de l’arme atomique. En revanche, dans un Moyen-Orient nucléarisé, la quête iranienne d’un armement de ce type, même si elle n’est pas explicite est compréhensible autant qu’inévitable. Le pays doit faire face à une bombe hostile à l’ouest, en Israël, à une bombe à l’est, chez un partenaire de toujours auquel il aime se comparer, et à une autre au nord, dans l’ancienne puissance quasi-tutélaire. Les deux premières ont transgressé la règle de fermeture du club, même si l’un et l’autre des Etats concernés n’avaient pas signé le TNP. Moribond après la fin de la bipolarité, contourné, respecté à la lettre par personne, celui-ci ne fait plus autorité et n’a plus la légitimité nécessaire pour arrêter Téhéran. Dans un Moyen-Orient dont on refuse même d’envisager la dénucléarisation et dont les humiliations subies de la part de Washington et de Tel-Aviv sont quotidiennes, il est parfaitement utopique d’attendre de la république islamique qu’elle renonce à ses ambitions, même cachées. Instrument d’une réactivation nationaliste dont les dirigeants actuels ont besoin et qui fait consensus, même chez les adversaires du régime, cette politique revendicative et volontariste est en train de devenir le moyen d’une diplomatie contestataire qui ne réussit pas si mal.

Le nucléaire : une diplomatie contestataire.

Plus l’Iran est marginalisé sur la scène internationale, plus cette diplomatie peu classique lui permet de s’affirmer, d’avoir un jeu propre sur l’échiquier et de se construire un certain prestige, voire une clientèle, dans la région. Il est très peu probable qu’une politique active de sanction ou des frappes sélectives puissent venir à bout d’un régime qui ne croit pas, probablement avec raison, pouvoir connaître le sort du régime baasiste irakien. En revanche l’Iran dispose simultanément d’un vrai pouvoir de nuisance et d’un arsenal d’arguments diplomatiques lui permettant de jouer à tout moment, en Irak, au Liban, voire en Palestine ou en Afghanistan, une partie habile de « donnant-donnant » : capable de combiner le jeu coopératif et la stratégie de nuisance, ou de les faire alterner à son gré, le régime iranien a ainsi l’initiative, là même où l’occident l’a perdue. Il serait certes naïf et sommaire d’en simplifier la donne. L’arc chiite appartient à l’imaginaire de ceux qui veulent y croire, comme aux lieux communs éculés : dix ans de guerre entre l’Iran et l’Irak n’ont pas réussi à coaliser les chiites, d’une part, et les sunnites, d’autre part, qui sont de chaque coté de la frontière.

Les alliances non confessionnelles et la radicalisation des exclus.

Quant aux alliances d’aujourd’hui, elles rapprochent davantage Téhéran du Hamas que du Premier ministre chiite irakien, Al Maliki. En revanche, la coalition très politique des exclus prend de la consistance. Dans un jeu de plus en plus interactif où la faiblesse matérielle et symbolique des régimes ne peut être équilibrée que par des collusions unissant entre eux les gouvernements bannis, la diplomatie d’exclusion pratiquée par les Etats-Unis et l’Europe ne peut qu’activer les radicalisations et les coalitions protestataires. D’autant que celles-ci ont des réserves : au sud, où elles trouvent des échos jusqu’en Amérique latine, au nord où elles permettent à Moscou et à Pékin de renter dans le jeu régional.

La communauté internationale avait un choix : accompagner la montée des puissances régionales, de manière à les intégrer dans des pratiques acceptables par tous, ou leur opposer les rigueurs d’une oligarchie recrutant le moins possible au sud. En optant pour la seconde formule, elle invente des clivages qu’on aura du mal à effacer. L’Europe dans l’affaire, divisée et mal remise du syndrome irakien, se contente d’un pâle suivisme s’installant même dans une terne otanisation.


 


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