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Notes de lecture


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Manœuvres alliées sur le sol africain : les Etats-Unis et la corne de l’afrique

Ben Cramer

Par Ben Cramer, 17 février 2007

Sur le continent africain en général et la corne de l’Afrique en particulier, nous assistons a une redéfinition des bases qui sont surtout des forward operating sites, à qui l’on a donné le surnom de « lily pads ». (feuilles de nénuphar). Cette délocalisation de l’armada américaine, au-delà d’un simple redéploiement des installations, se veut d’une grande flexibilité à tel point que le pays hôte aura l’impression de céder seulement ponctuellement un droit de passage.

Favoriser la rotation de personnels dans des régions hostiles ou délaissées, faire l’économie de pré-positionnement, bénéficier d’installations existantes en procédant au coup par coup à des “cooperative security locations”. Voilà en quelques mots les recettes énoncées par les responsables du Pentagone pour donner un look nouveau, allégé, de l’interventionnisme. Cette formule de ’délocalisation tous azimuts’ n’était pas perceptible il y a une quinzaine d’années .

Djibouti : un porte-avions naturel

Aux approches de la mer Rouge et du golfe Arabo-Persique, au voisinage d’un Soudan à peine sorti d’une ’dérive’ islamiste, d’une Ethiopie et d’une Erythrée qui n’ont pas fini d’en découdre et d’une Somalie anarchique, il y a Djibouti. Ce porte-avions naturel, lorgné par l’Oncle Sam qui y voit l’équivalent de Guam dans le Pacifique ou Diego Garcia en océan Indien a son rôle à jouer. Il s’agit de la première implantation militaire française outre-mer, même si les médias français rapportent les exploits des opérations conduites à partir de “la base américaine”, de janvier 2007 contre le territoire somalien avec l’appui des forces éthiopiennes Si Djibouti sert de point d’appui aux forces françaises et américaines vers le Golfe, il est aussi un échantillon de ce qui se trame dans la région.

Combined Task force

C’est à Djibouti que siège le centre de commandement de la Combined Task Force pour la corne de l’Afrique. En cas de besoin, cette Task Force se donne pour mission d’intervenir pour éliminer toute menace terroriste contre les intérêts des États-Unis et de leurs alliés. Si l’on reprend

la phraséologie consacrée, le CJTF combat la réémergence du terrorisme international dans la zone - grise - « à travers des opérations militaires/civiles et en soutenant des opérations d’organisations non gouvernementales, afin de renforcer la stabilité à long terme de la région ». Bref, pour éviter que cette partie du monde ne devienne une base arrière du terrorisme , le mélange est subtil entre le recours aux forces spéciales et le développement de différentes formes d’assistance. Pour le Pentagone, il s’agit d’abord de surveiller les espaces aérien, maritime et terrestre de six pays africains - Érythrée, Éthiopie, Djibouti, Kenya, Somalie et Soudan - et d’un pays du Moyen-Orient - le Yémen. C’est suffisamment important pour qu’un accord de location du camp Lemonier - pour une période de cinq ans - ait été conclu en juillet 2006.

Comme l’écrit un expert comme John Pike - qui a longtemps travaillé pour the Federation of American Scientists , - Djibouti permet des missions d’intervention militaire rapide et d’espionnage « dont l’objectif est de repérer, d’interrompre, et en dernière analyse, de défaire les groupes terroristes transnationaux qui opèrent dans la région- en empêchant des paradis sûrs, des soutiens extérieurs et une assistance matérielle pour les activités terroristes ». L’AFRICOM à l’horizon 2007

Si le commandement Europe (Eucom) a aujourd’hui encore une responsabilité opérationnelle sur une grande partie du continent africain,avec le Centcom, c’est bientôt fini. Le Pentagone projette (2007) de mettre en place un commandement général en Afrique, indépendant ; il s’agit de reproduire le modèle du US Pacific Command (Honolulu, Hawaï), commandement créé le 1er janvier 1947 et qui couvre l’Asie et le Pacifique ; ou encore le Southern Command (basé à Miami, Floride) et qui a la responsabilité sur l’espace Amérique du Sud. Au vu des accords qu’ont signés les Etats-Unis avec les pays africains, la démarche peut sembler logique. Elle traduit aussi la nouvelle valorisation stratégique de cette région du monde que la Chine convoite de plus en plus. Baptisé Africom, ce centre de commandement va être chargé de missions de lutte anti-terroriste, en plus des actions dites classiques et rituelles d’aides humanitaires, les stratégies militaires étant désormais associées aux stratégies dites de « développement »’. Ces « stratégies » cibleront aussi bien les conflits armés, les pandémies (qui avaient justifié la fameuse opération Restore Hope) que la montée de « l’islamisme » pour mettre certains pays sensibles, Etats en faillite (failed states) à l’abri d’un basculement dans un camp ennemi. il s’agit à travers l’Africom de préparer les troupes américaines à intervenir plus facilement dans les zones de combat. Reste à savoir qui sera associé à cette force militaire d’intervention rapide ...

Les candidats de l’AFRICOM

Tout comme en Europe de l’Est depuis la chute du Mur de Berlin, à l’image de Bucarest ou Sofia réceptifs à d’autres voix que celles de leurs opinions publiques, avides de compensations que seul un Empire peut promettre, les candidats se bousculent. Il n’y a pas que le Sénégal qui se découvre pro-américain en raison des affinités entre Bush et A. Wade ; le Cameroun est sur la liste et, pétrole oblige, les îles de Sao Tomé et Principe ont une option off-shore à rajouter.

Pour attirer la sollicitude protectrice de Washington, tous les moyens sont bons : mater les terroristes locaux, monter des opérations sécuritaires de grande envergure, afficher sa solidarité avec la croisade de Bush, voilà des gages prometteurs. Les stages de formation représentent le visa obligatoire et c’est pourquoi l’Algérie, le Niger, le Mali, la Mauritanie, l’Egypte et le Kenya, ont participé à la ’Pan Sahel-Initaitive’ , un plan du Pentagone de lutte anti-terroriste dans les régions subsahariennes ; le club des initiés s’est depuis élargi dans le cadre de la Trans-Sahara Counter-Terrorism Initiative (TSCI) , lancé dès juin 2005.

L’Egypte ou le Maroc, qui hébergent déjà des bases américaines pourront-ils s’imposer ? Disposer d’un traitement de faveur ? Les Américains ont l’embarras du choix . Addis Abeba est un échantillon assez représentatif : c’était une tête de pont américaine durant le règne de Haïlé Sélassié et, après l’intermède Mengistu, les activités militaires US en Ethiopie sont allées crescendo. Depuis le début de 2004, des unités étasuniennes ont entraîné des unités spéciales éthiopiennes dans la petite base baptisée« Camp United ». Le port d’Assab a été mis à contribution et les petites îles de l’archipel Dalhak sur la partie occidentale de la Mer Rouge ne sont pas seulement vouées au tourisme international. . Enfin, pour parfaire le tableau des “alliés dans la première guerre du 21ème siècle” , il y a le Kénya.

Le Kénya sur le devant de la scène

Quand on examine les dimensions de l’ambassade des Etats-Unis à Naïrobi - qui fait face au complexe onusien au nord-ouest de la capitale -, on devine un peu mieux l’importance stratégique de la zone...Alors qu’on reparle des auteurs de l’attentat contre l’ambassade américaine d’août 1998 , nul ne veut spéculer sur les motifs de la fusillade qui a coûté la vie à deux diplomates de l’ambassade US à Naïrobi fin janvier 2007. Quoi qu’il en soit, le Kénya a des frontières communes avec la Somalie, l’Ethiopie, l’Ouganda et le Soudan.

C’est le seul pays à avoir signé un accord avec Washington pour l’usage des facilités militaires locales. En vertu d’un accord datant de février 1980 , les troupes US sont autorisées à utiliser le port de Mombasa (pour surveiller la zone jusqu’à Diego Garcia). Elles sont aussi habilitées à exploiter les terrains d’aviation d’Embakasi et de Nanyuki. Nanuyki, qui se situe au nord de la capitale, exactement à la hauteur de l’Equateur, - -situation particulière qui fait que ce village figure à ce titre dans certains bons guides - a longtemps servi de base d’entraînement aux Britanniques. Il faudrait aussi ajouter Malindi où les Américains ont installé une station flottante destinée au guidage des satellites militaires. Ces facilités furent mises à profit lors de l’intervention militaire en Somalie en 92-93 et depuis ....

La cohabitation avec les Français

Tandis que Paris définit ses “propres intérêts” comme elle tente de le faire en menant des opérations en Afghanistan au nom de l’Otan, il s’agit officiellement à Djibouti de disposer d’un point d’appui essentiel à sa stratégie d’aide pour les opérations de maintien de la paix, notamment dans le cadre du programme Recamp, destiné à renforcer les capacités africaines. A l’heure où la Chine mène sa propre offensive de charme en direction du continent noir, il n’est pas question de miser sur une quelconque confrontation entre Français et Américains. Chasser les Français ni de Djibouti (ni d’ailleurs) n’est pas à l’ordre du jour. La cohabitation est-elle viable ? Certes, avec leur obsession sécuritaire, les Américains ont quelque peu bouleversé les habitudes du camp Lemonier, qu’ils partagent depuis le début de 2002 avec les légionnaires français. Si les Français font davantage d’efforts aujourd’hui en matière d’éducation et font fleurir des projets sociaux, c’est aussi et surtout parce qu’ils attachent plus d’importance à l’implantation dans ce pays - pas plus grand que l’Etat du Massachussets, - à partir du moment où l’Amérique a décidé de le courtiser à sa manière. Djibouti s’internationalise. Avec Africom, une nouvelle répartition des tâches se profile avec une cogestion des questions sécuritaires. La France -qui fait bénéficier 5 Etats africains d’accord de défense - apprend à cohabiter avec un locataire peu scrupuleux ; en se faisant plus discrète dans d’autres pays du continent où sa présence pourrait être contestée, Paris pourrait se satisfaire d’une ’otanisation’ de la zone.

Vers un élargissement de l’OTAN ?

C’est d’ailleurs à Djibouti que les opérations conjointes se sont officialisées. Les premiers soldats non français qui débarquent à Djibouti au début de 2002 sont Allemands. Ils sont spécialement chargés de surveiller le golfe d’Aden et les côtes somaliennes, de manière à prévenir un éventuel afflux de combattants d’El-Qaïda fuyant les bombardements américains en Afghanistan. Une centaine de commandos qui s’entraînent dans les environs d’Arta, celà peut paraître insignifiant et pourtant, c’est la première intervention d’envergure de la Bundeswehr depuis 1945. (hormis le Kosovo). À l’issue de la première patrouille de la marine allemande au large des côtes somaliennes, le commandant du corps expéditionnaire confie au général Alain Bévillard, commandant de la base française, « c’est la première fois que nos forces armées participent à une opération conjointe. » Avec une flotte composée également d’éléments britanniques et espagnols, ainsi que d’une mini-escadre allemande (deux frégates, trois ravitailleurs, 1 500 marins) qui patrouille dans le golfe d’Aden et le long des côtes somaliennes et yéménites, les Européens et les Américains oeuvrent ainsi de concert pour la mise en place du Corps expéditionnaire combiné pour la Corne de l’Afrique (Combined Joint task Force-Horn of Africa, CJTF-HA).

Tout ceci préfigure un nouveau dispositif allié : à défaut de se limiter à la zone de l’Atlantique nord (définition inexacte depuis longtemps), l’OTAN pourrait s’étendre à l’Afrique, au moins l’Afrique centrale et orientale dans ses compétences.


 


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