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Notes de lecture


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Dénucléarisation de la planète ou adaptation à la transformation des guerres ?

Jean-Paul Hébert

Par Jean-Paul Hebert , 20 février 2007

Sous le titre « guérir de la folie nucléaire » Le monde a publié le 24 janvier un long article ou l’on relève des phrases comme «  « l’arme nucléaire représente aujourd’hui une menace considérable », « le nucléaire est une menace pour la planète » « l’arme nucléaire a une efficacité de plus en plus aléatoire » et l’analyse d’insister sur la volonté attribuée à Reagan et Gorbatchev il y a vingt ans : « l’élimination pure et simple de l’arme nucléaire ». L’article énonce finalement un certain nombre de mesures pour aboutir à « un monde débarrassé de l’arme nucléaire ».

Cet article ne surprendrait guère s’il émanait du mouvement Pugwash, ou du mouvement pour le désarmement la paix et la liberté (MDPL) ou d’une coordination antinucléaire. Mais il est signé collectivement par Henry Kissinger , ancien secrétaire d’Etat (1973-1977), Sam Nunn , ancien président de la commission de la défense du Sénat américain , William Perry ancien secrétaire à la défense (1994-1997) et George Schultz ancien secrétaire d’Etat (1982-1989). Ce quatuor rassemblant des démocrates et des républicains ayant exercé des responsabilités particulières depuis trente ans tient-il donc un discours pacifiste radical ? On sait que le sénateur Nunn est le cofondateur d’une ONG consacrée à la lutte contre la prolifération, « Initiative contre la menace nucléaire » mais George Schultz, lié à Donald Rumsfeld, administrateur de la société Bechtel et président du Conseil d’orientation du lobby pro-guerre financé par Lockheed Martin n’a jamais passé pour un pacifiste jusqu’à présent . Quel est donc le sens de cette prise de position au-delà de l’apparence radicale ?

Les acteurs potentiellement dangereux

Les attendus de l’article éclairent en partie la démarche : dès le début les auteurs affirment que le « consensus solide » à construire en faveur de la fin du recours à l’arme nucléaire est destiné à permettre « d’éviter la prolifération aux mains d’acteurs potentiellement dangereux » ; du temps de la guerre froide, les armes nucléaires étaient « essentielles » comme moyen de la dissuasion entre les Etats-Unis et l’URSS, mais la guerre froide est finie et a rangé la dissuasion nucléaire au rang des vieilles lunes. C’est dire que les deux anciennes grandes puissances dont l’une est aujourd’hui beaucoup plus « puissante » que l’autre n’ont plus d’intérêt significatif à maintenir des arsenaux du même niveau et qu’il est au contraire nécessaire qu’elles adaptent leurs dépenses de défense aux conditions nouvelles de la transformation actuelle des guerres.

Le jeu en effet se joue avec des acteurs identifiés : si les auteurs évoquent l’hypothèse d’une menace terroriste « mettant la main sur des armes nucléaires » , cela reste finalement marginal dans leur préoccupation : le cœur du danger tel qu’il ressort de leur analyse est du coté des Etats, essentiellement la Corée du nord et l’Iran. Le texte rappelle clairement que le traité de non prolifération prévoit la disparition de toutes les armes nucléaires.

Mais il passe sans autre forme de procès de 1968 à nos jours : rien sur l’entrée ostensible de l’Inde et du Pakistan dans le club des puissances nucléaires. Rien sur l’appartenance discrète d’Israël au même club. Rien sur le cheminement inverse des pays qui ont renoncé aux armes qu’ils détenaient soit pour les avoir fabriqué comme l’Afrique du sud, soit parce qu’ils en étaient dépositaires comme le Kazakhstan, l’Ukraine et la Biélorussie. Rien sur les pays qui ont délibérément choisi d’arrêter leurs recherches dans ce domaine comme la suède ou le brésil et l’argentine.

Rien non plus sur la situation de pays dont on sait qu’ils ont une capacité technologique suffisante pour que l’arme nucléaire soit à portée de main dans un délai bref s’ils désiraient vraiment s’en doter, comme le Japon. Il s’agit bien d’isoler aujourd’hui le cas des deux pays « rebelles » symboles d’une prolifération redoutée, alors même que les différences entre la Corée du nord et l’Iran sont gommées d’un revers de plume : pourtant, il n’y a pas grand-chose de commun entre ces deux Etats, ni dans l’orientation idéologique, ni dans l’histoire, ni dans le niveau de vie, ni dans les ressources, ni dans les implications géostratégiques, ni dans le régime lui-même. Accessoirement, ériger ces deux pays en cas exemplaire des proliférateurs qu’il faut empêcher de nuire permet aussi aux Etats-Unis de soutenir une ligne dure face à l’Iran, la position du triumvirat européen étant jugé trop douce.

L’adaptation aux nouvelles guerres

Les stocks américain et russe d’armes nucléaires ont déjà fortement diminué depuis vingt ans mais ils restent à des niveaux sans commune mesure avec l’évolution du monde : 5521 têtes déployées pour les Etats-Unis, 5682 pour la Russie. Les autres pays nucléaires sont très loin de ces chiffres : 348 têtes pour la France, 185 pour la Grande-Bretagne, 130 ( ?) pour la Chine, entre 100 et 200 pour Israël, 50 ( ?) pour l’Inde, autant pour le Pakistan.

Il y a donc une rationalité certaine du point de vue américain à vouloir réduire sensiblement le volume de son arsenal nucléaire, ce qui malgré les effets d’annonce n’empêche pas de le moderniser et de le rationaliser : c’est ainsi qu’en 2006 les têtes nucléaires W62 des missiles intercontinentaux minuteman ont commencé à être remplacées par les têtes W87, deux fois plus puissantes, récupérées sur les missiles peacekeeper (MX) retirés du service. la même année le gouvernement bush a déposé un projet de renouvellement de toutes les têtes nucléaires US (les dernières avaient été fabriquée sen 1989).

C’est dire que dans les faits, le discours censé promouvoir « la dénucléarisation de la planète » est plutôt tourné vers une réorganisation de la défense américaine, pour s’adapter aux transformations actuelles de la guerre. Ce qui est convergent avec les modifications actuelles : non seulement l’administration Bush demande 235 milliards de dollars supplémentaires de crédits de défense pour les deux années à venir, mais les effectifs vont augmenter de manière significative d’ici 2012 : l’armée de terre va passer de 482 000 à 547 000 et les marines de 175 000 à 202 00 soldats : au total, ce sont donc 92 000 hommes supplémentaires voués aux taches d’intervention à terre.

C’est là un des aspects les plus significatifs de l’évolution actuelle.


 


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