17 décembre 2006
Trois blocs de significations sont repérables dans le texte du rapport du groupe de travail sur l’Iraq, qui se divise en plusieurs parties, au sein desquelles surgissent peu à peu 79 recommandations, méthode qui peut masquer sa cohérence.
Premier bloc : Une description critique quasiment catastrophique [1] de la situation politique militaire et économique de l’Iraq ; les Etats-Unis échouent totalement à maîtriser une situation où se mêlent : soulèvement anti-américain sunni-baathiste, agissements terroristes des inflitrés de Al Qaida, guerre civile entre chiites et sunnites, opposition radicale entre « autonomie des provinces locales » Chiites et Kurdes et maintien d’un pouvoir central fort au moins à Bagdad et partage des ressources du pétroles. Dans ce cadre, le rapport prend position contre la division en trois (Chiistan sud, Kurdistan nord, mais Sunnistan impossible à définir comme zone économiquement viable) et favorise le maintien du pétrole sous contrôle fédéral. Par là le rapport critique donc la constitution qui prévoit l’autonomisation possible par référendum de groupes de provinces. Le rapport décrit d’une manière particulièrement cruelle les résultats lamentables de la dernière grande opération conjointe de reprise en main de Bagdad au mois d’août (Operation Together Forward II) à la suite de laquelle la violence urbaine à augmenté (de 45% d’août à octobre) au lieu de diminuer. Typiquement, les « violents », quittent la zone fixée avant chaque opération locale, et y reviennent après, et aucune zone « nettoyée » ne peut être conservée vue la défaillance de la police.
Sur tous ces points, les causes sont précisées sans complaisance : erreurs politiques, erreurs stratégiques, impasses tactiques, corruption économique par les sous-traitances privées des contrats de reconstruction. Le rapport apparaît comme un réquisitoire impitoyable ; le gouvernement iraquien est bien un lamentable fantoche, mais en outre l’armée américaine est piégée par les erreurs politiques et stratégiques de la version Rumsfeld de la modernité militaire.
Deuxième bloc : Une proposition macrostratégique faite aux deux ennemis régionaux : Iran et Syrie,dans le cadre d’un Iraq International Support Group comportant tous les voisins, de bien examiner le contexte du désordre iraquien et de bien étudier la proposition (encore virtuelle) des Etats-Unis qui consiste à dire : tout va si mal, que nous, Etats-Unis, Iran et Syrie, même si nous sommes des adversaires, nous avons intérêt à redéfinir un intérêt commun : que l’Iraq ne sombre pas dans le chaos total. Le rapport déclare clairement « il n’existe pas de solution militaire à ce conflit » [2] S’il s’effondrait totalement dans la guerre civile à trois camps, l’explosion intercommunautaire et la purification ethnico-religieuse généralisée, la Syrie et l’Iran en tant qu’états voisins encore ordonnés auraient à en subir des conséquences déstabilisantes. Les Etats-Unis offrent dès lors un cadre international large où négocier la stabilisation de la région circum-iraquienne, y compris la solution du problème israélo arabe (Liban Syrie et Palestine) en négociant (avec les forces politiques qui acceptent le droit d’Israël à exister et en excluant toute pousuite de l’aide au Hezbollah et au Hamas [3]) Cette proposition est certes philosophiquement à l’opposé de l’unilatéralisme militant du Président Bush mais ne modifie guère les principes de la solution au problème israélo-palestinien et libanais. Elle préconise un retour à une diplomatie qui, pour être un renoncement au pur usage de la force n’en est pas moins une proposition impériale. Un petit appel à l’aide pour permettre aux Etats-unis de quitter l’Afghanistan en laissant le travail à finir aux alliés reste sans modestie. [4]
Troisième bloc : passage du mandat au protectorat.
Ce bloc de signification apparaît à la fin du rapport, comme un ensemble de recommandations de réformes « iraquiennes ». Elle constitue le projet de réforme structurelle de la présence militaire américaine en Iraq avec l’ambition de refonder complètement la définition politique et militaire de cette présence. Elle préconise d’une part une diminution des effectifs globaux. Mais en même temps prévoit l’augmentation et la généralisation d’une affectation directe aux unités de l’armée et de la police iraquienne de militaires américains et de membres de la coalition comme adjoints de commandement, combattants, techniciens ou formateurs.
Cette mutation s’accompagne de la recommandation expresse de réunir dans les forces militaires sous commandement militaire, l’armée et la police (y compris la police des frontières), dépendant actuellement du ministère de l’intérieur, corps corrompus communautarisées et inefficaces. Cette tendance accélérerait la transformation de l’Iraq du statut d’état sous mandat de l’ONU en état sous protectorat américain militaire et policier.
La demande américaine à la Syrie et à l’Iran et à l’ensemble de l’International Support Group est donc globalement de contribuer au rétablissement de l’ordre par un accord diplomatique, promotion d’un jeu à somme non nulle des partisans de la restauration policière des Etats. Proposition bipartisane à surveiller avec précaution par ceux des Européens, qui persistent à croire localement aux vertus de la démocratie politique plutôt que de l’étatiste policier, au Liban, en Palestine, en Egypte, dans le Maghreb.
Bilan de la guerre
décembre 2006
Iraq Study Group Report, p.
Pertes US : 2 900 morts,
21 000 blessés
Coût financier direct :
$ 400.000.000.000 (400 milliards)
(Soit 8 milliards de $ par mois)
Coût global : 2 trillions de dollars
$ 2.000.000.000.000
(Incluant coûts de remplacement du matériel détruit, indemnités aux vétérans veuves etc)
[1] Recommendation 5, p. 36 ;§ 3 :
Dealing with Iran and Syria, p. 37 ; Recommendation 9, p. 37 ;
[2] §4 The wider Regional Context, p. 39
[3] Recommendation 14, p. 39 et 15, p. 40
[4] Recommendation 18, p..42.