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Edito : Vers le marché de la sécurité

31 mars 2005

La France a-t-elle mis le feu à l’Europe ou l’Europe a-t-elle enflammée la France ? Les deux sans doute, et rejet et approbation ont leurs légitimités. Mais si l’on veut penser au « 30 mai », la question devient : comment identifier les points sur lesquels devront de toute façon porter les efforts, et, en ce qui nous concerne, dans le domaine de la sécurité et de la défense ? Quels seront les degrés d’autonomie politique de l’Union à l’avenir ?

L’institutionnalisation des capacités de décision aux deux niveaux politiques et militaires restent la condition de possibilité d’une politique européenne de défense et de sécurité. Les réponses constitutionnelles, nécessaires, ne sont pas encore suffisantes. Tout se passe comme si les Etats membres affichaient une volonté d’accroissement des capacités européennes mais simultanément s’autolimitaient budgétairement à travers le Pacte de stabilité, l’interdiction de recourir au crédit pour les institutions européennes, et le refus d’aller au delà d’une timide « politique de la recherche » en matière industrielle. Or dans le même temps, la seule entité politique, les Etats-Unis, qui disposent de la volonté politique et des moyens de recourir à la force pour atteindre leurs buts s’engagent vers une privatisation croissante des instances de sécurité, des personnels au matériel.

D’où l’hypothèse que la contradiction européenne entre volonté politique affichée et moyens collectifs limités ne peut trouver sa solution qu’en empruntant à son tour le chemin des Etats-Unis : le recours à l’entreprise privée pour se substituer aux ressources étatiques, y compris dans le champ de la sécurité. Chemin où la Grande Bretagne est en tête de la « transformation » de l’organisation de la « sécurité » collective par la privatisation.

L’importance de ce mouvement de privatisation au Etats-Unis a fait apparaître des groupes capables de lever sur les marchés financiers internationaux des fonds proches de ceux des budgets de défense d’Etats « moyens » comme ceux d’Europe. Une souveraineté « entrepreuneuriale » est en train de s’établir, qui, ayant crée un marché mondialisé de la sécurité, se substitue aux Etats dans un domaine où ils perdent le « monopole » de la violence et de la guerre. L’Union, sans force politique deviendrait le client-partenaire solvable d’opérations allant des frappes préemptives à la reconstruction.

D. S.


 


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